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/ Numéro hors-série "Pandémie, vies humaines" Le temps du confinement

Foyer de contagion

par Sarcignan


Depuis le Haut-Rhin, à deux pas de l’Allemagne, la chronique de Sarcignan, photographe et auteur.

par Sarcignan

Journal du 16 mars au 11 mai

Lymphocyte, journal à partir du 12 mai : c’est par ici

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50e, 40e, 30e, 20e, 10e, 1er jour

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57e jour – lundi 11 mai

Réveillé en même temps que CB, je descend prendre mon café. Elle s’en va, je reste. Les infos ne parlent que de travail et d’école. Je vais me recoucher après avoir relu la nouvelle des 10 ans. Plus tard, je fais un courrier pour le détenu C puis surfe sur le site MDA où, suite aux résultats du jeu n°180, fleurissent les commentaires et les critiques constructives.

Je rédige la chronique du 55e et dernier (à ce jour) jour de confinement général en France.

Après un frugal repas, ma fille et moi faisons le ménage : CB rentrera tôt pour peindre et il faut que tout soit sec !

Ensuite je relis une « ancienne » nouvelle, « Dans les limbes » (écrite en juillet 2019), que j’envoie dans la foulée à la revue romande « 5e saison » dont l’appel à texte pour le 12e numéro a pour thème « Peau d’âme ».

Maintenant, il faut que je décide de mon prochain travail d’auteur. Écrire une nouvelle histoire ? Modifier des « anciennes » ?

Il va falloir faire les deux de toute façon : j’ai retenu onze échéances de concours et appels à textes entre le 28 mai et le 1er juin !

Pour 4 d’entre elles, j’ai des textes adaptables. Pour 7, je n’ai rien. Parmi celles-ci, deux m’intéressent. L’une parce que ce serait l’occasion de me faire connaître chez un éditeur potentiel. L’autre, parce que cela pourrait renforcer mes liens naissants avec un autre éditeur. Calculateur, moi ? A peine !

Dès le retour de CB, nous sortons par temps humide et froid, marchons jusqu’à la mairie pour y laisser un formulaire de demande de masques que nous avons complété après l’avoir trouvé dans la boite-aux-lettres. Frigorifié, j’écourte la balade : une demi-heure suffira, pour une fois ! Finalement, mon épouse ne peint pas.

Après un poulet rôti au four (avec patates pour CB, fenouil cuit pour moi), nous regardons un nouvel épisode de « Dix pour cent », série dont la légèreté nous plaît toujours. Je me couche en même temps que CB : demain matin, je sors !

Photographie : Il pleut, il mouille, c’est la fête aux grenouilles, chante la poule mouillée.

56e jour – dimanche 10 mai, 39 ans !

Je me lève à 7h et lance café, thé et une machine de linge couleur (le rouge et le noir) en route. Il fait gris et sec, il ne devrait pas pleuvoir avant la fin d’après-midi.

Le sud-ouest est en alerte orange pour les orages, j’ai une pensée pour nos familles.

Sur le site de « Pourtant… », Gilles n’a plus mis mes chroniques en ligne depuis celle du 5 mai et n’a rien écrit sur sa page (https://www.pourtant.fr/a-residence/) depuis la même date. J’espère qu’il va bien.(*)

C’est le dernier jour avant le déconfinement. J’imagine que la semaine prochaine va être hystérique en terme de traitement de l’information. Faisons le point :

Un gouvernement débordé, un président qui n’est plus en phase avec la réalité, des syndicats aux œillères de plus en plus grandes, des partis politiques obsolètes, une économie déboussolée qui voudrait que tout redevienne comme avant (si possible en plus libéral), des populations excédées, gavées de connerie par les chaînes d’infos continue et les réseaux sociaux… Je sens que je n’ai pas fini de bougonner dans mon coin au fur et à mesure que la réalité sera plus étonnante et plus délirante que les petites histoires que je peine à écrire !

Les résultats du jeu n°180 du site « Maux d’auteurs » sont affichés depuis hier (https://www.forum-mda.com/t10206-Les-resultats-du-jeu-N-180.htm). Ma nouvelle « La boucle du temps » est arrivée en 3e position sur 18. La première et la deuxième place étant prises par des textes qui lui sont bien supérieurs, je n’ai aucun regret. Maintenant arrive le temps des « critiques constructives » : chacun porte une appréciation sur chacune des nouvelles en lice. C’est long à faire, mais très enrichissant. Je publie trois premières contributions.

Le soleil finit par arriver. Il y a toujours du vent. A 11h, pendant que CB fait un gâteau à la rhubarbe, je tonds les herbes du jardin : ce sera fait avant la pluie. Par la suite, CB passe un coup de rotofil dans les coins. Nous sommes parés !

Après avoir ramassé le linge sec, je lance un BBQ, le dernier avant quelques jours si les prévisions s’avèrent fiables. A deux maisons de la notre, deux parents furieux engueulent un ou des enfants.

Après avoir lu, dans mon cabinet de lecture (voir photo), quelques pages de « Rage noire » de Jim Thompson (1972, d’une terrible violence psychologique et assez cru), je me remets à l’écriture de la nouvelle « 10 ans ».

Entre 15 et 16h, CB téléphone à sa mère et à sa sœur ; puis nous partons en promenade. Pour une fois, et pour ce dernier jour du (premier ?) confinement, nous changeons d’itinéraire, quitte à outrepasser la limite d’un kilomètre. Nous préférons nous enfoncer dans la forêt que de respirer les poussières soulevées par les engins agricoles et balayées par les rafales de vent. Seule S rouspète : elle n’aime pas les insectes qui nous frôlent le visage et les plantes qui nous piquent les chevilles !

Au retour, je goûte et je vais à la douche pendant que CB attaque à son tour le repassage.

Nous nous préparons un bon repas. Pour fêter le dernier jour du confinement ? CB répond que c’est pour les 39 ans de la première élection de Mitterrand. Nous avions 17 ans…

Nous mangeons en terrasse une excellente basse-côte avec pommes de terre sautées et salade verte, suivis d’une grosse part de gâteau à la rhubarbe. Mon régime prend une claque et demain, tout nu, je pleurerai debout sur ma bascule impitoyable.

Au-dessus des Vosges de gros nuages s’amoncellent. Je range la terrasse, protège le BBQ et couche les chaises : ce soir et cette nuit, orage et rafales de vent sont attendus.

Nous regardons le 3e épisode de « Dix pour cent », avec en guest-stars Laura Smet et Nathalie Baye. Plus tard, je me remets à la nouvelle des 10 ans, qui déborde maintenant largement les 5 000 caractères imposés. J’en fais un version plus courte pour le jeu. Et j’ai déjà ma petite idée pour la version longue : un concours pour lequel je n’avais rien à présenter… jusqu’à présent !

Photo : Mon cabinet de lecture. La statuette a été choisie par ma fille quand elle était petite et déjà insolente !

(*) Note de l’éditeur : oui, 3 jours très chargés, où notre comité de lecture a terminé le choix des textes du n°1 de Pourtant, choisi l’imprimeur et fixé le prix et mis en place l’abonnement à la revue Pourtant.

55e jour – samedi 9 mai

Après une bonne nuit et une grasse matinée, CB part faire des courses à Soultz. La pluie ne s’annonçant toujours pas, j’arrose les plantes du jardin et du potager car il fait déjà beau et chaud.

Je reviens sur ma décision de ne faire qu’une cafetière par jour car, depuis, CB (en week-end) et S (dans son lait du petit-déjeuner) se sont mises à en boire.

Après le BBQ, difficile à démarrer à cause des rafales de vent, j’attaque péniblement le texte pour les 10 ans du site MDA. J’ai une très bonne idée de ce que je veux obtenir, mais les mots ne viennent que de façon laborieuse. Il y a 30 ans, la première fois que je me suis lancé dans l’écriture, c’est ce qui m’avait poussé à arrêter : la pénibilité de l’écriture. Je voulais que tout arrive de façon fluide. Aujourd’hui, je sais me forcer à écrire malgré tout. Il en reste toujours quelque chose que je peux retravailler par la suite. Je jette donc quelques centaines de signes, dessinant la structure de l’histoire et les premières phrases provisoires. Le titre de la nouvelle a déjà changé 3 fois quand je m’arrête pour prendre mon « goûter » : une barre de céréales protéinée fournie au prix du caviar par le cabinet de diététique qui m’accompagne dans mon régime.

Nous avions prévu la promenade à 16h00 mais CB se lance dans une longue conversation téléphonique avec son amie de Bordeaux, celle qui est cadre supérieur au CHU de Bordeaux. Nous partons donc vers 17h00. Il y a beaucoup de vent et nous abandonnons vite notre itinéraire au milieu des champs, traversés par des nuages de poussière ! Nous continuons dans le village puis en lisière de forêt, où je salue – comme c’est devenu une habitude, les arbres et les animaux de la part du détenu C. En marchant, CB me fait part d’un message de son frère. Il habite en Bretagne et prend de nos nouvelles en lisant les « chroniques du Foyer de contamination ». 

Le soir, après le BBQ, nous regardons les débuts de « Docteur », comédie avec Michel Blanc, « Jeanette » et « Jeanne », deux films du captivant Bruno Dumont (CB dit que ses films doivent être vus au cinéma : à la maison, on a vite envie de faire autre chose !) Finalement nous nous mettons d’accord sur le joli film « L’incroyable histoire du facteur Cheval », de Nils Tavernier avec Gamblin et Casta.

Au moment de clore cette chronique, je me souviens qu’un lecteur assidu a posé la question : mais quand faites-vous l’amour ? Cela ouvre le thème de la sexualité en temps de confinement. On se doute déjà qu’il pourrait y avoir un sursaut de natalité dans 7 à 9 mois ! 

Ce ne sera pas notre cas : bien que jeunes mariés, nous avons largement passé l’âge de la reproduction et nous ne faisons l’amour que pour le plaisir. Ce qui a changé pour nous, c’est :

— le retour de ma fille à la maison, ce qui réduit notre terrain de jeux à la seule chambre à coucher ;

— la fatigue de CB qui fait que nous sommes devenus « du matin » alors que nous étions plutôt « du soir » ! Le week-end, par contre…

D’autres questions ?

Photographie : Une autre vue de notre jardin côté rue : le figuier et la roue de charrette. 

54e jour – vendredi 8 mai

Après une matinée plus grasse que d’habitude, nous nous levons tout de même : aujourd’hui doit se produire l’opération du transfert de la valise de G, ma collègue hospitalisée. CB se rend chez elle où le compagnon de G, qui a leurs trois marmots sur les bras, lui remet ladite valise. CB part ensuite à Colmar la déposer dans le service.. Resté à la maison, je suis en charge de transmettre aux unes et aux autres les SMS éventuels.

L’éditeur JFE accuse réception de mes propositions de photos de graffitis sexuels… il se déclare surpris et indique que l’artiste photographe en charge du projet sera seule juge !

Après l’avoir soigneusement verni, CB accroche son totem sur l’un des murs du salon. Il a fière allure.

Nous nous promenons de bonne heure, dans le village et le long du Quatelbach. Ensuite, j’attaque une énorme pile de repassage pendant que CB fait des croquis pour son prochain totem.

Le soir, nous regardons le début du film « Beau-Parents » avec Balasko, Bourdon, Bénabar. Cela nous lasse très vite et nous regardons l’excellent « Blanche comme neige » de la non moins excellent réalisatrice Anne Fontaine. Distribution au top, histoire entre innocence et perversité, humour décalé… tout ce que j’aime. Et CB aussi !

Photographie : Comme dit un (récent) dicton alsacien, « La cigogne se fout du confinement. »

53e jour – jeudi 7 mai

Après une bonne nuit de sommeil, nous sommes tirés du lit par le réveil de CB qui doit partir au combat quotidien. Les soignantes* fatiguées se font de moins en moins d’illusion sur « l’après » : elles ne seront pas valorisées dans leur métier, leur hiérarchie leur demandera de nouveau de remplir les tableaux de statistiques plutôt que d’être auprès des patients.

Le beau temps se maintient avec insolence. Il est toutefois annoncé un coup de froid pour le 11 mai. Tu m’étonnes.

Alors que je prépare un courriel pour mon chef, je reçois un message d’une collègue qui m’envoie un nouveau courrier du détenu C et m’annonce que la collègue qui partage mon bureau est hospitalisée en urgence pour un problème non lié au Covid-19.

Pour le 2e jour de suite, j’ai du mal à me mettre à écrire (en dehors de la chronique). Il faut pourtant que j’attaque la nouvelle pour les 10 ans du site MDA. J’ai tout ce qu’il faut, yapuka. Mais je préfère aller me recoucher. C’est pas encore ça, le rythme idéal de sommeil !

Nouvel appel de ma collègue : elle me demande si, avec l’aide de CB, il serait possible de faire passer une valise à notre collègue hospitalisée qui est partie sans rien. Je contacte CB qui accepte de faire ça demain matin. C’est elle qui va se coltiner le travail : elle seule a un laisser-passer valide en cas de contrôle !

Dans l’après-midi, je reçois mes trois exemplaires du numéro 3 de la revue « La clarté sombre des réverbères » : un pour moi et les autres pour des amis qui ont groupé leur commande avec la mienne. La revue est magnifique. Couverture bicolore, cent pages en grand format pleines de textes et d’illustrations. Ma photographie est bien exposée, en pleine page. Mon texte « Émancipation » est bien situé, partageant une page avec une photographie amusante. Hélas, il est signé de mon pseudo de photographe et non de mon nom d’auteur. 

Pendant la marche, nous échangeons des appels téléphoniques avec mes collègues pour mettre au point le transfert de la valise (ça fait roman d’espionnage, non ?). Cela nous ralentit et ma fille, lassée d’attendre, disparaît bientôt à l’horizon !

Au retour, je fais griller deux magrets marinés que nous mangeons avec une grosse salade. CB a apporté un dessert pour S et moi : le gâteau chocolat-banane de son repas de midi à l’hôpital. Pas mauvais!

Le soir, interpellés par la grosse promotion faite sur France Inter et Télérama.fr, nous regardons un épisode et demi de « L’agent immobilier », avec Almaric dans le rôle titre. Nous décidons de ne pas regarder la suite : c’est un peu lourd pour la saison

Pour finir, je travaille une série de photographies de graffitis à caractère sexuel, pour proposer à la collection Carré Noir des éditions JFE.

* Je décide de féminiser le terme, vu que les femmes sont largement majoritaires sur le terrain. Les hommes se contentent de parler dans les médias, d’assurer les postes de direction et d’avoir les meilleurs salaires.

Photographie : Un recueil de 64 photos comme celle-là, ça plairait, non ? Ah, bon.

52e jour – mercredi 6 mai

Enfin une bonne nuit de sommeil. Je me réveille bien après que CB soit partie. Elle a fait du café et m’a laissé un muffin au chocolat noir, un don qu’elle a rçu de s‘dlanoDcM, la veille à l’hôpital. Je me régale – bien sûr, j’ai honte parce que c’est de la malbouffe, mais pas au point de refuser : j’adore le chocolat noir, dont je suis en manque depuis des mois que je suis au régime ! 

Compensation morale : j’ai encore perdu du poids. Je suis en dessous de 82kg pour la première fois depuis… 2010 ! Plus que 7kg pour atteindre mon objectif.

J’ai des échanges téléphoniques avec mes collègues puis mon chef. L’Administration pénitentiaire repousse la reprise des personnes vulnérables d’une semaine après le déconfinement « officiel », soit le 18 mai. Mon supérieur me demande d’obtenir d’ici là un certificat médical autorisant la reprise et indiquant les éventuelles contraintes spécifiques (port du masque, horaires, interactions avec le public détenu et les collègues, etc.) Le secrétariat de mon médecin propose un rendez-vous pour le soir même. Le praticien me rappelle peu après pour faire le point : il aurait plutôt tendance à me maintenir à domicile en attendant que la situation globale évolue. Je lui dis que je souhaite en parler de vive voix avec lui et nous maintenons le rendez-vous de fin de journée.

En milieu d’après-midi je prends mon vélo pour aller à la poste du bourg d’à côté, le relais de mon village étant fermé. Je fais la queue dans la rue pendant une petite heure. Personne ne s’énerve, les distances sont respectées. Je profite du soleil.

Au retour de CB nous allons ensemble voir mon médecin, qui finalement décide de me maintenir en isolement pendant les deux semaines qui suivront le « déconfinement officiel », pour voir comment cela se passe. Le risque d’un rebond des contaminations n’est pas exclu, avec une nouvelle saturation des hôpitaux. Nous faisons la promenade tous les trois. CB passe beaucoup de temps au téléphone avec ses frères et sœurs pour parler de la santé de leur mère.

Après une côte de bœuf grillée au BBQ (dégustée à l’intérieur car la fraîcheur arrive vite), j’ai DN au téléphone pour ses corrections de la nouvelle sur les voyages dans le temps. Il ne reste plus qu’à l’imprimer et l’envoyer par courrier. Ensuite CB et moi regardons « Diplomatie », excellent film de l’excellent Volker Schlöndorff avec les non-moins excellents Niels Arestrup et André Dussolier.

Photographie : Un de ces endroits devant lesquels nous passons chaque jour. Jusqu’à en perdre le goût ?

51e jour – mardi 5 mai, au bord de l’Ill

Je me réveille vers 4h30, je me lève et allume l’ordinateur pour réécrire les Gooseneck et donner un nouveau titre. Le titre d’une nouvelle est un élément extrêmement important et peut donner toute sa saveur à un texte. Très souvent, sauf si j’ai eu une illumination dès le début, je change le titre d’une nouvelle à plusieurs reprises en cours d’écriture.

Journal de confinement de Sarcignan

Inquiet de mes nuits courtes et hachées, je décide de limiter ma consommation de déca à 1 cafetière par jour, et uniquement le matin : le déca contient de la caféine, même en faible quantité, et j’y suis très sensible.

Je vais me recoucher un peu avant que le réveil de CB ne sonne. Nous nous levons ensemble pour le petit déjeuner. Elle a reçu de mauvaises nouvelles de sa mère qui continue à s’affaiblir.

Il fait gris, venteux, il pleuviote. Je continue à modifier les Gooseneck, puis rédige la chronique de lundi, 50e jour. Cinquante ! Ce que nous vivons est tellement bizarre…

Je passe une grande partie de la journée à travailler des photographies pour les passer en noir et blanc et leur donner un format carré. C’est long, mais j’aime ça : comment transformer une photo tout en lui donnant du sens ! Le recadrage doit être judicieux.

J’ai quelques échanges téléphoniques avec mes collègues pour le travail. Elles me disent que mon chef ne devrait pas tarder à m’appeler pour parler de ma reprise et me conseillent de prendre rendez-vous chez mon médecin pour avoir son avis. J’obtiens une consultation pour demain à 17h10.

CB rentre épuisée. Nous marchons une demi-heure jusqu’au bourg pour voir si le relais de la Poste est ouvert : il ne l’est pas. 

Après le repas, nous corrigeons ensemble les Gooseneck et la chronique du lundi pour « Pourtant… » avant de regarder un deuxième épisode de « Dix pour cent ».

Photographie : En se promenant au bord de l’Ill, on croise canards, corneilles, hérons, milans et cygnes.

50e jour… lundi 4 mai

Le nombre de décès liées au coronavirus en France est désormais supérieur à 25 000. Il reste une semaine avant la date fixée pour déconfinement.

Aujourd’hui, c’est :

— l’anniversaire de ma mère, je lui envoie un mail avec des nouvelles de nous trois. Je suppose qu’elle ne répondra pas.

— jour de ménage. Plumeau, aspirateur, lessives, débouchage du lavabo obstrué par les longs cheveux de ma fille. Fille après laquelle je m’énerve : elle est censée participer au ménage mais elle le fait vite et mal. 

Il fait encore une fois grand soleil. Je reste sur mon ordinateur à travailler une série de photos que je compte proposer pour la nouvelle collection que lance l’éditeur Jacques Flament : des petits livres carrés (13×13 cm) à prix économique. Signe encourageant : il faut des séries de 64 et c’est mon nombre fétiche !

En rentrant du travail, CB prépare un fondant au chocolat. Dès qu’il est sorti du four, nous allons nous promener. Alors que je quitte le chemin pour aller baptiser un arbre, j’aperçois une carte d’identité sur un chemin perpendiculaire. Ayant les mains prises, je le signale à CB qui va la récupérer. L’adresse indiquée se situe dans notre village. Nous décidons d’y aller tout de suite. Au bout de quelques minutes nous croisons un cycliste qui nous demande si nous n’aurions pas trouvé une carte d’identité : c’était celle de sa femme.

Plus loin, nous trouvons l’apiculteur en plein travail. Il nous explique qu’il enfume une ruche pour regarder s’il y a une jeune reine à l’intérieur. Après le BBQ, nous nous régalons du fondant. CB me propose beaucoup d’améliorations pour la nouvelle des Gooseneck et il est trop tard pour regarder une série : à partir de demain elle travaille trois jours à la blanchisserie et elle veut être en forme car le travail y est dur.

Je reçois un message des animateurs de « Pourtant… ». La question se pose de ce que nous pourrions faire à la fin du confinement, d’un point de vue éditorial.

Elle se pose aussi pour le reste : je stresse sérieusement quand je pense à la reprise.

Photographie : Le totem de CB, qui s’inspire du tableau « Orage sur le blé » de Marcel Gromaire (1939).

49e jour – dimanche 3 mai, lessivé

Je me lève peu avant 7h. Je continue la nouvelle des Gooseneck (Voyage dans le temps). J’en suis à ce stade de l’écriture où les premières lignes ont été écrites, où l’histoire a maturé dans ma tête. C’est là qu’arrive le plaisir : les mots viennent d’eux-mêmes, l’histoire m’emporte et m’emmène même parfois ailleurs qu’escompté, pour mon plus grand bonheur.

Au final, le texte est trop long et comporte des informations utiles pour le roman mais pas pour la nouvelle. Je crée donc un second fichier dans lequel je coupe tout ce qui peut l’être, quitte à modifier sensiblement l’histoire. Ce n’est pas très difficile à faire, beaucoup moins que d’allonger, d’étoffer une histoire trop courte. Dans cet exemple, je supprime un personnage dont la présence ralentit le récit sans rien lui apporter. Il n’apparaîtra que dans le roman. Je termine le premier jet avant le repas de midi.

Nous faisons une lessive des vieux pantalons que j’ai essayés hier et dans lesquels je rentre à nouveau grâce à mon régime (-12 kg), puis je lance le BBQ.

Dans le jardin, je discute un moment avec notre jeune voisin qui prend l’air avec sa femme, leur fille d’environ 3 ans et leur nourrisson. Nous les croiserons plus tard en faisant notre promenade quotidienne.

Je continue à travailler ma nouvelle, qui avance bien et vite. A côté de moi, CB peint un totem en s’inspirant d’une œuvre de Marcel Gromaire. Nous finissons tous les deux avant le repas. Son totem est une merveille et je suis content de mon histoire.

Mon histoire, conçue comme l’un des chapitres (probablement le final) d’un futur roman, doit être raccourcie et simplifiée pour répondre aux consignes du concours auquel je vais la présenter.

Le soir, nous regardons le premier épisode de la série française « Dix pour cent ». C’est vif et gai, avec des acteur-es attachants : excellent pour notre moral.

Plus tard, je commence à chercher dans mes photographies de quoi faire une proposition pour une nouvelle collection de petits livres carrés lancée par l’éditeur JFE.

Photographie : Trop de légèreté peut conduire à une pantalonnade.

48e jour – samedi 2 mai, les limites de Brad Pitt

Je me lève de nouveau avant 7h, motivé par le besoin impérieux d’écrire ma chronique du premier mai. J’aime écrire quand tout le monde dort, que ce soit tôt le matin (ne dites pas ça à mes collègues : j’arrive toujours en dernier au travail) ou tard le soir.

Mon poids a encore baissé : ça me file la pêche ! Je savoure un breakfast tea et c’est parti ! Plus tard, je me recouche auprès de CB jusqu’à ce qu’elle se réveille. Après le petit déjeuner, elle part faire les courses et je nettoie le frigidaire de fond en comble, ou plutôt du bac à légumes jusqu’au freezer.

— Tu n’es pas près de sortir, me dit CB en rentrant.

Elle est ulcérée par le comportement des gens qui font des courses à plusieurs, s’arrêtent pour papoter dans les allées, utilisent mal leurs masques. Même la file d’attente à l’entrée du magasin est gérée n’importe comment.

En attendant les informations de 13h sur France Inter, que nous écoutons souvent avant le repas, je commence à répondre au courrier hebdomadaire du détenu X. Je le termine avant la promenade que nous faisons à trois, entre les flaques d’eau, sous un soleil très agréable.

Au moment de me remettre à ma nouvelle, je prends connaissance de plusieurs appels à textes et à photographies de l’éditeur Jacques Flament qui, pour lutter contre la récession, préfère multiplier les projets plutôt que de se replier. C’est enthousiasmant, j’ai pas mal de choses à lui proposer.

Le soir nous regardons « Ad astra », film de science-fiction lent et long, mélange bavard de « Solaris » (celui de Tarkovski, ou même celui de Soderbergh) et de « 2001 ; Odyssée de l’espace » sans en avoir la portée philosophique ou la magie. Brad Pitt montre ses limites d’acteur : l’insensibilité du personnage se traduit pour lui par une inexpressivité lassante. On dirait du Stalone. C’est un point sur lequel CB n’est pas du tout d’accord avec moi.

Avant de nous coucher, je fais une séance d’essayage des pantalons que je ne pouvais plus mettre depuis des années à cause de ma prise de poids. Ma garde-robe prend de l’ampleur !

Photographie : Malgré les apparences, nous ne sommes ni sur la paille ni au bout du rouleau.

47e jour – vendredi 1er mai, mes revendications (et où le lecteur découvre enfin le boulodrome)

Je fais l’effort de rester au lit jusqu’à 9h… c’est CB qui prépare le petit déjeuner. Bonne surprise : mon poids a franchement baissé. Le palier serait-il franchi ?

Il fait beau et très venteux. CB a prévu que nous nous occupions des impôts et que nous plantions des tomates. Pendant que je rédige la chronique d’hier et enchaîne sur la nouvelle pour le concours « Voyage dans le temps » à remettre avant le 12, CB commence à lire « Dévoilements » (voir chronique du 41e jour) puis prépare un risotto aux asperges pour S et elle. Je n’ai pas droit aux féculents pour le moment.

S envoie son dernier devoir dans les dernières minutes du temps imparti. Elle est maintenant en vacances universitaires.

Après un peu d’écriture pour moi et de lecture pour CB, nous passons à la déclaration d’impôts. Deux heures d’agacements, surtout pour CB qui fait la plus grosse partie du travail.

Après la promenade, CB plante des pieds de tomates pendant que je fais du poulet au BBQ.

Le soir, nous regardons « Gauguin : voyage à Tahiti » avec Cassel dans le rôle titre. Film qui m’a peu intéressé, centré sur l’histoire d’amour avec une femme polynésienne et les problèmes d’argent et de santé du maître. Un passage sur Wikipédia (à laquelle je contribue pour deux euros par mois : et si vous en faisiez autant ?) m’apprend d’une part que Gauguin n’avait pas le diabète, mais la syphilis, et d’autre part qu’il vivait avec des prostituées de moins de 15 ans. A quoi peut donc servir ce film qui réécrit l’histoire ?

Il n’a échappé à personne que nous sommes le 1er mai. Comme tous les ans je râle dès que j’entends parler de « fête du travail ». Dois-je rappeler que le Premier Mai est une journée internationale de revendications des travailleurs et que la date correspond à une manifestation d’ouvriers qui a tourné au massacre, en 1886 à Chicago ?

Fêter le Premier Mai, ce serait comme fêter la Saint Barthélémy pour les protestants !

Après cette mise au point, je ne peux plus me défiler (jeu de mot) et, donc, voici mes revendications :

— Prendre le SMIC comme référence de la grille des revenus, et l’indexer sur le seuil de pauvreté : il doit en faire le double.

— Créer un revenu universel égal à 75 % du SMIC, dégressif en fonction des revenus mensuels et ne permettant pas de dépasser le SMIC.

— Indexer tous les revenus sur le SMIC, à commencer par les indemnités des élus qui ne pourront plus s’octroyer des revenus déconnectés de la réalité. Le plus haut revenu public ne pourra excéder 4 x le SMIC (ce qui aujourd’hui reviendrait à 4 800 euros nets).

C’est une façon de créer de la solidarité : si nos élus et nos hauts fonctionnaires veulent gagner plus, ils ne pourront le faire qu’en augmentant les plus faibles revenus et l’écart de revenu restera stable au lieu de s’accroître. Ou alors ils iront travailler dans le privé (rappelons que suite aux enseignements de la pandémie Covid-19, le privé se verra retirer dans quelques semaines toute responsabilité et activité concernant les secteurs de la santé, de la sécurité, de la gestion de l’eau et de l’énergie, de l’éducation, n’est-ce pas ? Non ? Ah, bon).

Voilà, c’est tout pour ce Premier Mai. J’ai d’autres propositions, mais on en parlera plus tard… quand ces premières mesures auront été appliquées !

Photographie : Le boulodrome est nettoyé. Il ne manque plus que l’anisette et les boules.

46e jour – jeudi 30 avril, notre longe

Levé à 6h00, le jardinier tout neuf qui est en moi depuis 6 semaines est satisfait : il pleut la nuit et il fait soleil le jour, que demander de plus ?

C’est le début de ce qui devait être un long week-end : CB et moi avions posé notre jeudi depuis longtemps. Nous devions aller visiter l’expo Gromaire à Roubaix avec des amis. Il faudra se contenter du film :

Après avoir bien avancé dans ma nouvelle sur les Gooseneck et avoir corrigé et envoyé la nouvelle « apocalyptique » (merci DN), j’envoie un courriel à mon chef pour savoir comment se passera la reprise. Il me répond dans la matinée que rien n’est encore défini mais que, personne vulnérable dans un département classé rouge, il est possible que je ne fasse pas partie des personnes qui reprendront dès le début ! Sachant la charge de travail quand on a été absent trois semaines de congés, je me demande ce que je vais trouver après deux mois : un millier de courriels ? Cinq cents courriers ? Combien de rapports en retard ? Combien de temps avant de sortir la tête hors de l’eau ?

Après un repas de moules marinières petites et caoutchouteuses (à juste titre, l’Alsace n’est pas réputée pour ses fruits de mer), nous allons marcher une heure. Nous sommes contrôlés par deux gendarmes en voiture qui nous demandent nos papiers d’identité… que nous n’avons pas car on ne nous les avait pas demandés les fois précédentes !

Le soir, repas sur le pouce. Nous avons une conversation téléphonique avec nos chers amis JG qui nous manquent beaucoup. Ils sont à Strasbourg… si loin maintenant que notre longe ne fait plus qu’un kilomètre.

Plus tard, nous essayons plusieurs films mais aucun ne nous convient. Nous n’avons pas été surpris par « Le braconnier de Dieu » que nous avons voulu découvrir après ma chronique du 38e jour. La distribution était claire ; il s’agit bien d’une comédie à la française des années 70-80 : Pierre Mondy, Annie Cordy, Jean Lefebvre, Michel Galabru, Daniel Ceccaldi, Jean-Pierre Darras, Catherine Allégret , Rosy Varte, Odette Laure, Marthe Mercadier, Paul Préboist, Roger Pierre, Bernard Haller, Robert Castel, Henri Genès… il n’en manque aucun !  Après 15 minutes de jeu lourdingue et de clins d’œils appuyés, nous passons à autre chose. Lisez le livre !

« I am mother » semble un excellent film de science-fiction. Mais c’est un huis-clos et, en période de confinement, la charge d’angoisse n’était pas tenable pour nous. Nous arrêtons au bout d’une demi-heure. Nous regardons le début de « Hôtel du Nord » mais le cœur n’y est plus. Dodo.

Photographie : Le voile d’une roue de tracteur, dans un champ de céréales qui borde notre « parcours santé ».

45e jour – mercredi 29 avril, planter des tomates

Levé à 5h30, je surfe, prépare le café, relis la nouvelle apocalyptique et l’envoie à DN pour correction. Elle m’enverra plus tard un sms pour qu’on fasse les corrections demain matin, dernier jour de l’appel à textes. Vers 8h00 j’amène CB à son travail, ensuite je passe au cabinet de diététique retirer mes compléments alimentaires pour les deux prochaines semaines (170 euros, quand même ! Mon portefeuille maigrit plus vite que moi) et à la pharmacie du bourg d’à côté avec les prescriptions du dermato. Je comptais passer à la poste pour y affranchir ma lettre à Charlie Watts, mais il y a la queue dans la rue… Rien ne presse !

A la maison, je fais une lessive et surfe au lieu d’écrire. Il fait alternance de gris et soleil. Pas de pluie. Je vais dehors et termine de nettoyer le boulodrome. Il est superbe !

Je reçois un courriel du travail : une nouvelle lettre du détenu C, qui me parle de la solitude dans laquelle il vit le Ramadan et les interrogations que cela suscite dans son rapport à la religion et aux autres. Il apprécie que je lui parle de mes promenades et me demande de saluer les arbres de sa part.

Au moment où j’écris enfin la première phrase de ma nouvelle, je reçois un sms de CB : il est l’heure d’aller la chercher ! Je file à l’hôpital. En doublant quelques milliers de camions sur l’autoroute, je me rends compte que l’embrayage de l’Alfa patine beaucoup. Des frais à prévoir !

Nous passons au retour par Guebwiller, retirer des plants de tomates chez une collègue de CB.

Il s’est remis à faire beau, nous sortons faire notre marche mais CB peine à marcher. Elle est pâle, les traits tirés. Nous rentrons tranquillement. 

Après le repas, nous regardons le reportage « Fessenheim, le début de la fin du nucléaire ». D’habitude, dans ce genre d’émission, les opposants ont l’air d’exaltés et les tenants du nucléaire de gens posés et raisonnables. C’est exactement l’inverse que l’on perçoit : les antinucléaires font calmement le constat de la fin d’un système qui a atteint ses limites, alors que les pronucléaires s’accrochent à leur rêve. Ils voudraient que les centrales nucléaires distribuent éternellement des emplois aux locaux et des financements aux communes. Ils nient l’obsolescence des installations, la difficulté croissante d’approvisionnement en combustible, la problématique des déchets dont on ne sait plus quoi faire. Après 60 ans d’idéologie, la simple réalité économique fait que la lucidité et l’irrationnel ont échangé leurs camps ! Ce n’est peut-être pas pour ien que ça a été diffusé hier à 23h10…

Plus tard, dans la soirée, j’apprends que ma nouvelle d’anticipation « Obsolescence non programmée » est retenue pour paraître dans un recueil en décembre, chez Flatland Éditions. Yeess !

Photographie (prise à Paris en 2014) : Au 45e jour, le gouvernement nous apprend que des départements passeront au rouge et d’autres au vert. Je me demande quelle sera la couleur rouge du Haut-Rhin.

44e jour – mardi 28 avril, ça devient long, cette histoire !

Levé à 5h, j’écoute de la musique jusqu’au réveil de CB vers 6h45. Je lui ai préparé son petit déjeuner. Une collègue passe la prendre car j’ai besoin de la voiture pour aller à Colmar cet après-midi. Je la ramènerai depuis là-bas. Je me recouche vers 8h et me lève à 9h30. Mes heures de sommeil ne ressemblent à rien !

Journal de confinement de Sarcignan

CB m’a laissé des corrections pour la nouvelle apocalyptique. Je prends ses remarques en compte et lui renvoie le texte.

Ma fille prend son petit déjeuner vers 10h15. Je la reverrai pour le déjeuner : non contente d’être confinée à la maison, elle se confine dans sa (grande) chambre !

Je rédige quelques mots en anglais à l’attention de Charlie Watts à qui je compte envoyer une nouvelle (en français) dont il est le héros : cela raconte le jour où il apprend la mort de Mick Jagger. Pas sûr que cela lui parvienne, ni qu’il sache lire le français (je n’ai pas traduit la nouvelle), ni que ça lui plaise. Mais je m’en voudrais de ne pas le faire.

Il fait gris et venteux mais il ne pleut pas, malgré les promesses de la météo. Je continue à préparer la rédaction de la nouvelle des Gooseneck en faisant des recherches sur les opportunités économiques créées par le Brexit pour des entreprises britanniques. Je n’en trouve pas, il va falloir que j’adapte l’histoire (et le futur roman) en conséquence.

Le rendez-vous chez le dermato se passe très cordialement. Nous portons chacun un masque médical. En face de son cabinet se trouve une adorable petite église, Saint François d’Assise, très contemporaine, que j’aimerais bien visiter un jour. Je retrouve CB près de la gare, elle est épuisée d’une longue journée de travail à la blanchisserie de l’hôpital. Nous allons quand même nous promener une fois revenus à la maison. Après quelques rayons de soleil dans la journée (mais où est donc la pluie promise ?), il fait gris. En fin de balade nous sentons quelques gouttes, presque rien. Je ne fais pas de BBQ à cause du vent et, finalement, il se met à pleuvoir très finement pendant la soirée. Je fais des corrections de textes avec CB puis DN, ce qui me permet d’envoyer des réponses pour des appels à textes et des concours. Il en reste une à valider avec DN à envoyer avant le 30/4.

CB est trop fatiguée pour regarder « Fessenheim, le début de la fin du nucléaire » en rediffusion sur FranceTV. On verra demain… mais demain aussi, les formateurs de l’IFSI donnent un coup de main à la blanchisserie ! Je pense qu’elle ne sera pas en état de faire quoi que ce soit. Vivement le long week-end qui s’approche !

Photographie : promenade dans la grisaille.

43e jour – lundi 27 avril, les jours se confondent

Levé avec CB qui repart à la mine, j’enchaîne avec plusieurs courriers. Un premier pour le détenu qui m’a écrit la semaine dernière. Un second pour les Éditions du Pangolin, afin de répondre à leur proposition de collaboration. Un troisième pour une entreprise qui gère des sites de rencontre : je veux savoir s’il existe des possibilités de créer quelque chose qui pourrait être accessible aux personnes détenues, c’est-à-dire sans passer par Internet.

Je me rends compte que je n’ai pas pris de notes hier pour ma chronique du dimanche 26 avril. Je m’y colle tout de suite, en espérant que ma mémoire embrouillée par le confinement me permette de retrouver ce qui s’est passé hier : les jours se confondent dans mon esprit !

Il fait de nouveau très beau. Je vais jardiner un peu : ôter des plantes invasives et continuer à nettoyer le boulodrome. Je déjeune avec S et boit mon café en regardant mes mails : un ami veut acheter le recueil « Dévoilements ». Je lui suggère d’attendre que d’autre Alsaciens fassent de même afin de faire une commande groupée. Des volontaires ?

Après-midi ménage : CB a particulièrement insisté sur la nécessité d’évacuer ce pollen qui s’infiltre partout. Manque de chance, ou acte manqué, en faisant la poussière sur les étagères je fais tomber un bibelot qui explose au sol. Pour faire pénitence, je nettoie l’aspirateur : il en avait besoin !

Vers 16h30, j’attaque enfin une histoire destinée à un concours de Science-Fiction dont le thème est « Voyage dans le temps ». Comme pour une précédente nouvelle (voir chronique du 20e jour), je vais me saisir de l’opportunité pour écrire un nouveau chapitre du roman des Gooseneck.

Ensuite, balade à trois. Il fait plus frais que ces derniers temps. Quand nous rentrons, nous voyons que le figuier a tout de même pris un coup de chaud et nous lui donnons à boire. Je prépare le BBQ, peut-être le dernier avant un certain temps si la météo tient ses promesses.

Ensuite, je travaille au téléphone avec DN qui a relu trois nouvelles. Il y en a une que je dois retravailler avant de la lui renvoyer : j’y ai fait un changement de temps inapproprié. La première partie est écrite au passé simple et la seconde au passé composé. Ce qui nous ramène à ce que j’écrivais hier sur le nécessaire accompagnement de l’auteur !

Pas de film non plus ce soir : il est tard quand j’ai terminé.

Photographie : La scierie devant laquelle nous passons presque tous les jours. Au fond, les Vosges.

42e jour – dimanche 26 avril, soirée tacos

Je me lève de 4h à 6h avant de me recoucher jusqu’à 9h. Journée un peu grise. Je termine ma nouvelle « apocalyptique » et la donne à CB pour quand elle aura le temps de la relire.

Je reçois une réponse des Éditions du Pangolin. Non seulement le gérant a bien pris mon courrier, mais il me propose de collaborer à la réalisation du prochain recueil ! C’est extrêmement flatteur, mais je n’ai jamais fait cela et je me dis que cela va me prendre beaucoup de temps. Et il faut bien être d’accord : je ne suis pas correcteur, ayant moi-même besoin d’aide dans ce domaine. Je laisse reposer avant de lui répondre.

Je fais une nouvelle sieste dans l’après-midi (je commence à vieillir) avant la promenade d’une heure, pendant laquelle il se met à tomber un fin crachin. Pas de quoi nous tremper sur le chemin du retour, mais cela dure plusieurs heures et je me dis que cela fera le plus grand bien au jardin (et à la facture d’eau).

A propos d’eau, il y a une idée à laquelle je tiens et que voudrais vous faire partager. Il est d’usage en France (comme dans la plupart des pays capitalistes, je suppose) d’appliquer sur l’eau (et d’autres ressources) un tarif dégressif, qui fait que les gros consommateurs ont un prix unitaire au mètre cube plus intéressant.

Si nous entrions dans une politique de maîtrise de nos ressources, il faudrait faire EXACTEMENT l’inverse. Un ménage consomme environ 40 m³ par an. On pourrait décider que les 25 premiers m³ sont gratuits pour tous, et ensuite serait appliqué un tarif progressif qui s’appliquerait aussi bien aux particuliers qu’aux entreprises publiques et privées, sans dérogation possible.

Ce serait un excellent moteur de progrès dans la gestion des ressources. La récupération d’eau de pluie et l’entretien des réseaux deviendraient essentiels et les industries agroalimentaires et métallurgiques seraient bien forcées de faire des efforts et de franchir des paliers technologiques !

Après avoir écrit ceci, j’ai conscience que s’il m’arrive quelque chose dans les prochains mois, il faudra peut-être en chercher la responsabilité chez zeuS, ailoéV, la esiannoyL ou autres. Le coronavirus aura bon dos !

Dans l’après-midi, j’apprends que Blue Öyster Cult, groupe dont je suis fan depuis mes 13 ans, sort une vidéo en mode confiné :

Le choix de cette chanson, « Godzilla », n’est pas innocent : la conclusion en est History shows again and again how nature points up the folly of man.  

En fin de journée, DN m’appelle pour me faire part de ses corrections sur 2 nouvelles à envoyer avant le 30 avril : une pour les Éditions des Tourments et l’autre pour le collectif Calibre 35.

Après un succulent repas de tacos faits maison par CB (tant pis pour mon régime !), elle passe du temps au téléphone avec sa famille. Nous ne regardons pas de film.

Photographie : La vue depuis la salle de bain, à 5h30, ce matin.

41e jour – samedi 25 avril, où l’éditeur de cette chronique découvre l’exigence de son auteur à son égard

Couché avant minuit, je me réveille vers 3h du matin. Je descends au salon pour boire une camomille (Kamille, est-il écrit sur la boîte d’emballage, achetée en Allemagne) et continuer la lecture de nouvelles du recueil « Dévoilements ». Le gérant des Éditions du Pangolin* m’avait demandé de lui donner mon avis sur le livre, il faut que je réfléchisse à la façon dont je vais le faire. En effet, si l’objet présente bien – belle couverture, papier agréable, solidité apparente – le contenu est trop brut : les textes n’ont pas été relus ni, a fortiori, retravaillés, et la mise en page est sommaire. Cela s’explique certainement par un souci d’économie d’une part, et de relation entre les auteurs et l’éditeur d’autre part. Je sais que c’est difficile d’aller vers quelqu’un qui a donné de lui-même pour lui dire : ce n’est pas suffisant, il faut retravailler. Mais, c’est nécessaire. Pour l’avoir vécu à plusieurs reprises, travailler avec un éditeur exigeant ou un correcteur professionnel fait progresser tout le monde : l’auteur apprend à mieux travailler, l’éditeur obtient un produit de meilleure qualité. Malgré quelques défauts, « Dévoilements » reste tout à fait lisible. La variété des auteur-es et leurs différentes origines géographiques en est l’atout principal. J’écrirai le courrier demain, il faut laisser mûrir.

Je me recouche vers 5h. Lever vers 9h, petit déjeuner avec CB qui a bien dormi, bullage sur ordinateur, puis je vais continuer à nettoyer le boulodrome. Pendant ce temps, CB passe le devant du garage au Karcher pour chasser les traces d’huile. Nous déjeunons de salade de tomates et magret de canard grillé sur le BBQ – tofu et patates sautées pour S. Un voisin fait hurler sa radio et tout le quartier en profite. CB finit par aller le voir : c’est un type âgé, sourd comme un pot. Il consent à baisser le son.

CB, qui n’a plus de pomelos, part faire un complément de courses (déca pour moi, tofu et masque capillaire pour S, pommes et tomates pour tous !) Je me remets au repassage.

J’écoute les informations de 17h : le Covid-19 totalise 200 000 morts dans le Monde. L’OMS informe que rien ne prouve que ceux qui ont eu la maladie sont immunisés. Ça promet !

CB a une longue conversation avec G, un ami qui travaille chez Peugeot comme beaucoup de monde dans la région, et qui se retrouve au chômage technique. Il se demande comment la fabrication va bien pouvoir reprendre en tenant compte des « gestes barrières ».

Marche d’une heure, repas de crudités préparé amoureusement par CB, qui ne veut par regarder de film ce soir et zappe devant la TV pendant que je termine le premier jet de la nouvelle « apocalyptique ».

* à ne pas confondre avec la formidable fonderie de sculptures britannique Editions Pangolin, dont je vous engage à explorer le site et voir leur vidéo très speed : https://pangolin-editions.com/

Photographie : Parce que trop de BBQ tue le BBQ, CB nous a préparé 3 assiettes de crudités, chacune étant différente des deux autres.

40e jour – vendredi 24 avril

Aujourd’hui, je suis confiné depuis 40 jours. Ce chiffre n’est pas anodin : non seulement c’est le nom de la période d’isolement des malades contagieux, mais c’est aussi un nombre qui revient souvent dans les trois principales religions monothéistes*. J’ai d’ailleurs une pensée pour les musulmans qui commencent aujourd’hui le ramadan dans des conditions très particulières. Surtout ceux qui sont en prison : d’habitude, c’est l’occasion d’une certaine solidarité, d’un partage entre ceux de l’intérieur comme avec ceux de l’extérieur. Si j’en ai l’occasion, je me renseignerai auprès d’un pratiquant pour savoir comment il le vit.

Journal de confinement de Sarcignan

Réveil vers 6h. Je prends le petit déjeuner avec CB avant d’aller faire un tour de surf sur le web. Une collègue m’envoie des informations : j’ai reçu un nouveau courrier d’un détenu… qui me parle du ramadan ! Ça tombe bien : j’ai des questions à lui poser, moi aussi ! Je ferai ça ce week-end. Un autre détenu voudrait rédiger une petite annonce pour rencontrer l’âme sœur. Je vais réfléchir à la façon de procéder : les personnes incarcérées n’ayant pas accès à Internet, elles ne peuvent s’inscrire sur les sites de rencontre.

Je tonds la pelouse en fin de matinée : c’est mieux de le faire en semaine pour ne pas trop déranger les voisins (quoique, avec tout le bruit qu’ils font…). L’herbe n’est pas haute, j’enlève le panier, laissant les brins coupés sur place. Ils sont sensés amender le terrain tout en limitant l’évaporation de l’eau. OK, sauf qu’il n’y a pas d’eau. Quarante jours sans pluie, c’est l’inverse du Déluge !

Après la tondeuse, je continue de nettoyer le boulodrome jusqu’à midi trente.

Aux infos, j’apprends que Trump a suggéré lors d’un point presse d’injecter du désinfectant dans les poumons des malades. Hier, dans ma chronique, je voulais, pour me moquer des imbéciles, prétendre que consommer régulièrement de la mort-aux-rats diluée dans de l’ammoniaque tiède protégeait du virus ! Le Président des États-Unis est plus fort que la fiction.

L’après-midi, je commence à développer une courte nouvelle, précédemment écrite pour un jeu sur le site MDA. Je compte l’envoyer en réponse à un appel à textes des Éditions des Tourments sur le thème « Apocalypse ».

Quand CB rentre, elle visite le jardin tondu de frais puis nous mettons un poulet à rôtir et nous allons nous promener.

Pendant la balade elle reçoit un appel de son frère qui commence à planifier les vacances d’été à la maison familiale, en Vendée. Après le repas, pris une nouvelle fois dehors, c’est avec notre amie AW, encore fragile après avoir été hospitalisée pour cause de coronavirus, qu’elle discute un long moment au téléphone.

Nous regardons ensuite le dernier épisode de Chernobyl. Cette série en 5 épisodes est vraiment remarquable !

* Je rappelle à ceux qui ont oublié leur catéchisme que les chrétiens sont monothéistes. Ce ne sont pas Saint-Vincent, Saint-François, Saint-Paul et les autres, ainsi que les anges, les reliques saintes et le Malin qui diront le contraire. Comment ça, j’ai mauvais esprit ?

Photographie (S) : Sarcignan en plein repassage, surveillé par l’une des grenouilles espionnes de CB.

39e jour – jeudi 23 avril, le repos de la guerrière (de la médecine)

Je me lève peu après CB. Elle est encore ensommeillée, nous ne nous parlons pas beaucoup pendant le déjeuner. J’espère que ma présence lui fait du bien. Normalement, elle n’ira pas à la blanchisserie aujourd’hui et se consacrera à ses activités de cadre-formateur en IFSI : il y a quand même une nouvelle fournée d’infirmier-es diplômé-es à sortir prochainement !

Après son départ je termine mon petit-déjeuner et fais une séance de surf pour avoir les dernières infos sur l’état du monde, sur les concours littéraires et photographiques et sur… le tirage de l’Euromillion !

J’apprends que Marianne Faithfull sort de l’hôpital : elle avait attrapé le virus. Plus tard, je vais au jardin nettoyer une partie du boulodrome et tailler les bambous du voisins qui débordent chez nous. Vers 13h00 je mange un peu de rôti froid, un demi-fenouil et une petite pomme en compagnie de ma fille qui s’est préparé du risotto.

Comme chaque jour, je vais à la boîte-aux-lettres. Pour une fois elle n’est pas vide : j’ai reçu mon exemplaire de « Dévoilements » ! (voir chronique du 31e jour). La découverte d’un recueil de nouvelles dans lequel je suis publié est un moment excitant mais qui peut générer de la déception : quand le livre est mal fabriqué, quand la couverture est laide, quand la mise en page est insuffisamment professionnelle, quand le niveau global des autres nouvelles est médiocre (je pars du principe que la mienne est au top, bien sûr !)

Je finis d’écrire et relire ma « nouvelle nouvelle », assez courte, qui s’intitule désormais « Le repos de la guerrière ». Je l’envoie sur la messagerie de CB pour qu’elle puisse la corriger quand elle en aura le temps et l’envie. C’est le milieu de l’après-midi, je me mets au repassage en attendant qu’elle revienne du travail.

Nous allons tout de suite nous promener. Elle est contente de me parler de sa journée de travail. Elle décrit tout de même une situation qui fait penser à de la médecine de guerre. Cela contraste étrangement avec ce que j’entends et lis dans les médias, où il n’est question que de déconfinement et de reprise des activités économiques. Inquiétant, non ?

Après le BBQ, elle corrige « Le repos de la guerrière » qui lui plaît d’autant plus que ça décrit notre vie sur le mode humoristique. Je change le titre de la nouvelle (que je ne divulguerai pas tant que le jury de Noirmoutier n’aura pas délibéré, mais sachez qu’il s’inspire d’un film de Mocky) et ajoute un sous-titre inspiré d’un roman de Murakami. Je ne peux pas m’empêcher de glisser des références dans la plupart de mes écrits !

Ce soir nous aurions dû aller à l’Hôtel de la Régence voir la pièce « Ys, la véritable histoire », créée et jouée par M. Jean et Mme Jeanne (https://www.mrjeanetmmejeanne.com/spectacles/). Nous avions bien aimé leur spectacle « Antigone Couic Caput ». Ne vous fiez pas à la première impression, c’est vraiment désopilant.

Finalement, nous regardons le 4e et avant-dernier épisode de Chernobyl. Il est moins intense que les précédents.

Photographie : Dans mon quartier, l’école est vide et la boîte à livres est pleine !

38e jour – mercredi 22 avril, où le lecteur de cette chronique découvre enfin l’origine du pseudo de son auteur

Je me lève en même temps que CB pour l’encourager à sortir du lit : elle a du mal ce matin ! Nous déjeunons ensemble et elle file à l’hôpital.

Je surfe un peu pour avoir des informations fraîches, puis sors arroser les plantes du jardin. Il fait beau et froid.

Je scanne mon arrêt de travail et l’envoie chez mon employeur, le courrier suivra. Je lis quelques pages du roman que j’ai offert à CB pour son anniversaire : « Retenir les bêtes » de Magnus Mills. C’est un régal, l’histoire gagne en intensité de façon lente, les personnages sont étonnants. Comme me l’a fait remarquer CB, cette façon d’écrire et de décrire rappelle le Steinbeck de la trilogie désopilante située à Monterey (CA) : « Tortilla Flat », « Rue de la sardine » et « Tendre jeudi » (mon préféré).

11h et je n’ai pas encore travaillé ! Il faudrait quand même que je me remette à écrire. Procrastinant, j’évite de me mettre au roman et décide de me lancer dans une histoire avec des mots imposés pour un concours lancé à l’arrache par une librairie de Noirmoutier. Ce qui m’a motivé ? Parmi les onze mots à placer se trouvent congolais, pangolin, pomelo, azuki et triporteur !

Pour les deux premiers, voir la chronique du 2e jour de confinement ! Le pomelo constitue le petit déjeuner habituel de CB, azuki est la variété de haricot rouge utilisée pour faire des dorayaki dans « Les délices de Tokyo » (voir la chronique du 30e jour) et « Le triporteur » est un roman que j’ai adoré à l’adolescence et qui, comme d’autres œuvres de René Fallet, à été adapté au cinéma avec plus ou moins de réussite (« La soupe aux choux » étant le plus connu !). Je recommande chaleureusement la lecture du petit roman « Le braconnier de Dieu » accompagné d’une bouteille de Saint-Pourçain.

Comme si cette pandémie n’était pas déjà suffisamment surréaliste, voici qu’on apprend que la nicotine pourrait être un facteur de protection ! J’imagine déjà que ceux qui n’ont pas réussi à se flinguer à la Chloroquine vont se mettre à fumer deux paquets par jour de peur de mourir…

Information qui me consterne : des familles se sont entassées dans leurs SUV pour faire la queue au s’dlanoDcM. J’imagine qu’ils vont très rapidement retrouver le réflexe de jeter les emballages n’importe où dans les rues et les espaces verts. Pour avoir habité à proximité du McCrado de Sarcignan (mon pseudo est le nom d’un quartier de banlieue bordelaise) je sais que, sur un rayon d’un kilomètre, les trottoirs, caniveaux et squares sont décorés aux couleurs de la sainte trinité américaine : aloCacoC, s’dlanoDcM et oroblraM. Nous avons le monde que nous méritons, probablement.

J’ai enfin des échanges de sms avec mon fils aîné. Ouf ! Il est vivant.

L’après-midi, je termine le premier jet de l’histoire pour Noirmoutier, à temps pour accueillir CB qui rentre du travail. Elle est épuisée par une journée complète à la blanchisserie de l’hôpital, mais fière du travail accompli.

Nous allons marcher un peu, elle me raconte sa journée, puis nous rentrons faire cuire un rôti et des haricots.

Elle corrige ma chronique journalière et la nouvelle « romantique ». Après le repas, elle zappe un peu mais n’a pas la force de regarder la suite de Chernobyl et va se coucher. Je trie des musiques jusqu’à minuit, écoute une rediffusion de « Par Jupidémie » et compte me coucher vers 1h, quand CB déboule. Visiblement désorientée, elle me demande pourquoi je ne suis pas encore couché à 4h du matin.

Je décide de ne pas me relever à 5h pour la pluie d’étoiles filantes.

Mais à 5h05, CB me bouscule dans son sommeil agité. Je me lève et vais dans la chambre d’amis qui, mansardée, possède une fenêtre de toit orientée vers le sud. Je reste une dizaine de minutes à observer le ciel sans voir une seule météorite et retourne me coucher. Aujourd’hui, j’apprends que c’était la nuit précédente qu’il fallait observer ! Je commence à perdre le décompte des jours.

Photographie : Entre forêt et champ de glyphosate, un Paon-du-jour (Aglais io) s’est posé sur notre chemin de promenade.

37e jour – mardi 21 avril, vent de face

Après 6 jours consécutifs de baisse de la mortalité, la France franchit le cap des 20 000 décès directement liés au coronavirus.

Dans la matinée, je vais à l’alimentation générale du village pour poster un paquet : CB a fait une vente de livre sur un site spécialisé sur netukaR. Quand je rentre vers 10h15, S prend son petit déjeuner.

Je passe un très long moment à lire les nouvelles que mes camarades du site Maux d’Auteurs ont proposées dans le cadre du jeu n°180. Je prends des notes : il va falloir voter pour celles que je préfère.

Je suis toujours sans nouvelles des suites de ma déclaration de situation « vulnérable » sur ameli.fr. Je contacte mon médecin traitant qui me dit qu’il va rédiger lui-même un arrêt que je pourrai venir chercher plus tard dans sa salle d’attente.

Je reçois un appel de collègues pour faire le point sur certaines situations compliquées, pour lesquelles cette période de confinement n’arrange rien. Il s’agit en particulier de personnes prochainement libérées et pour lesquelles il y a nécessité de trouver un lieu d’hébergement. Nous ne laissons jamais personne sans solution.

Autre appel : le responsable de la médiathèque de Bessancourt est très, très embêté : il y a eu erreur de leur part et je ne fais pas partie des finalistes du concours. Je le rassure, ça ne m’affecte pas tant que ça : ce n’est pas comme si c’était ma première récompense ! Et puis cette nouvelle me paraissait difficilement éligible par un jury. Il s’y passe des choses violentes dans un contexte de trafic de drogues et d’intolérance religieuse.

Peu avant 16h, je regonfle les pneus de mon fidèle vélocipède (14 ans de vie commune !) et file au bourg voisin retirer mon arrêt de travail et renouveler mon traitement à la pharmacie.

Après un mois sans pédaler, je file à l’aller comme une gazelle sur mon vélo. Et pour cause : j’ai le vent dans le dos. Le retour est bien plus difficile ! Je me rends compte – comme me l’avait dit CB qui prend la route tous les jours – qu’en période de confinement, le code de la route n’a plus cours.

CB rentre du travail. Elle a fait les courses alimentaires pour la semaine et n’a pas trouvé de farine. J’imagine que les caves des Français sont remplies de pécu, de farine, d’huile et de sucre.

Après les avoir rangées, nous allons marcher puis je lance un bbq. Merguez et chorizo ! Mais nous mangeons à l’intérieur : après une belle journée, il fait vite frais.

Plus tard, pendant que CB fait une réunion App’sWhat avec sa famille, je fais une séance téléphonique de correction avec DN sur ma pièce de théâtre de science-fiction, que j’envoie ensuite pour le Prix Aristophane 2020. Sous couvert de quête spatiale, ma pièce interroge (modestement) le rapport entre pouvoir politique et pouvoir financier. Les grands décideurs jouent entre eux au chat et à la souris, sans aucune considération pour les populations, reléguées au rôle de consommateurs imbéciles. Le délai de soumission est fixé au 30 avril, il y a déjà une vingtaine de candidats.

Troisième épisode de Chernobyl. Les images des personnes irradiées sont parfois pénibles à regarder. Cette série est vraiment excellente.

Photographie : Nos balades nous amènent parfois le long de la Vieille Thur, qui se jette dans la Lauch un peu avant Colmar.

36e jour – lundi 20 avril, à la frontière

Couché tard, levé tôt… Je me recouche vers 10h en espérant trouver le sommeil mais le Cabinet de diététique m’appelle à ce moment-là pour parler de mon problème de poids qui ne bouge plus… Cela arrive, paraît-il, beaucoup en ce moment. Le confinement génère du stress et de la perte de sommeil, les deux sont mauvais pour la perte de poids.

Mon village avec, au fond, la Forêt Noire. La frontière est à moins de 20 km.

Je me relève et complète le dossier pour le concours BarrObjectif : j’envoie une série de photos de rouille que je nomme pour cette occasion « La rouille ne dort pas » d’après un album de Neil Young.

Nouvelle tentative de sieste vers 11h45 : ça marche ! Je suis réveillé peu après 13h par un appel malveillant, un numéro qui appelle une ou deux fois par jour et raccroche après une sonnerie. Je croyais avoir bloqué ce numéro…

Le moral est en baisse… Tendance légèrement dépressive. Je me sens facilement agressé depuis quelques jours. Il va falloir que je me remette à écrire pour dynamiser tout ça !

Comme prévu, ma nouvelle sur Mary Shelley n’est pas retenue pour le prix Bussy (voir chronique du 18e jour). Je vais pouvoir la retravailler, elle a un bon potentiel.

Et je reçois en fin d’après-midi un courriel de la Médiathèque Duras à Bessancourt (Val d’Oise). Après avoir gagné l’année dernière le Premier prix du 15e concours de la nouvelle policière, j’apprends – un peu surpris car elle n’est pas vraiment faite pour concourir – que ma nouvelle « Le Talion » fait partie des 10 textes sélectionnés par le jury pour la 16e édition.

Je reçois le sommaire de l’anthologie « Dimension sport & loisirs » qui paraîtra chez Rivière Blanche. J’y suis entouré d’une belle brochette d’auteur-es aguerri-es.

L’anthologiste précise dans son message que l’illustration n’est pas encore choisie pour la couverture : aussitôt je bricole quelques-unes de mes photographies pour les lui soumettre.

Nous regardons le deuxième épisode de Chernobyl. C’est vraiment captivant. La seule chose qui me gêne, c’est de voir tous ces Russes parler en anglais. Sinon, on se croirait dans un reportage sur le terrain.

Je me réveille vers 2 heures du mat’ et me recouche vers 4h30. Faudra faire une sieste, demain !

Photographie : Mon village avec, au fond, la Forêt Noire. La frontière est à moins de 20 km.

35e jour – Dimanche 19 avril, motards de bon matin et de bonne humeur

Notre sommeil finit par être perturbé : CB se lève parfois la nuit pendant plusieurs heures. Moi, je me lève plus tôt seulement quand je vais au travail… Ma femme et ma fille me font remarquer que mon humeur change… Je deviens susceptible. Je suis sûr qu’elle disent ça exprès pour m’énerver.

Donc, levé à 6h ce matin, je pose les bases d’une nouvelle de science-fiction pour un petit concours dont le thème m’intéresse : voyage dans le temps. Ce texte me servira de base pour l’un des chapitres d’un roman que je construis ainsi morceau par morceau.

Ce roman sera basé sur ma nouvelle « Au temps pour moi », qui a été sélectionnée pour être publiée dans l’anthologie « Revenir de l’avenir » (voir chronique du 21e jour). Elle concourt en ce moment pour le « Prix Mille saisons 2020 » qui sera attribué par les lecteurs du recueil. Après deux semaines de votes, mon histoire fait partie des cinq premières : https://www.millesaisons.fr/prix-millesaisons-2020/resultats.php. Mais les votes se terminent en juillet : il va falloir tenir !

Il fait très chaud cet après-midi. CB a relu ma pièce de théâtre et je l’envoie à DN pour correction. La pauvre a quatre textes en attente tous à rendre pour le 30 avril, sans compter un cinquième qui attend la première relecture de CB !

Je vais bêcher un peu le potager qui se dessèche, afin d’enlever les racines de plantes sauvages restées enfouies. Ensuite je prépare une série de photographies sur la rouille pour les présenter au concours « BarrObjectif » qui se déroulera (peut-être ?) en septembre.

CB a appelé sa mère, qui quittera l’hôpital de main pour aller en maison de convalescence.

Comme tous les dimanches, je téléphone à mon fils aîné qui, depuis quelques mois, refuse de décrocher et ne me rappelle pas. Je laisse un petit message pour donner des nouvelles et en demander.

Photographie : Mes motos sont moins bruyantes que celles des voisins !

34e jour – samedi 18 avril, binette et Binoche

Je passe la matinée à surfer sur le web en écoutant du rock au casque. J’ai assez peu parlé de musique jusqu’à présent, mais il y en a très souvent à la maison. Quand les autres en ont marre, ou si j’ai envie d’envoyer les watts, j’écoute au casque. J’ai une play-list de plusieurs milliers de morceaux, ça va du baroque au rap, de l’ethno au punk-rock, de la techno au blues rural, de la chanson au dub, de la contemporaine au musette, du jazz au métal. Avec, quand même, beaucoup de guitares électriques ! Avec, quand même, beaucoup de guitares électriques ! Au moment même où j’écris cette chronique, j’écoute Jimmy Thackery, « Roy’s bluz ». Goûtez-moi ça.

Il fait un soleil éclatant. Je prévois de faire un peu de jardinage cet après-midi pendant que CB attaquera le ménage de la zone des bureaux !

Je continue à réécrire ma nouvelle « romantique pour le concours « Escales ». Après le bbq (saucisses de volailles, le porc n’étant pas recommandé pour l’hypertension), je déplace un arbuste qui poussait en bordure du boulodrome (oui, madame, nous avons un boulodrome dans le jardin !) et je le replante au sud, du côté de la famille teuf-teuf dont le plus jeune fils fait sa gym quotidienne : des va-et-vient en moto dans le jardin.

Journal de confinement de Sarcignan

Dans la rue devant chez nous, un homme passe avec un énorme cabriolet Mercedes dont il fait gronder le moteur. Les accros à la grosse voiture – nombreux en Alsace – n’en peuvent plus de rester à la maison !

S plante enfin ses patates germées : le jardin prend peu à peu sa vitesse de croisière. La semaine prochaine, nous aurons des plants de tomates. Qui n’a jamais mangé de tomates de jardin ne sait pas le vrai goût de la tomate !

Après une nouvelle promenade à trois, nous dînons sur la terrasse. S a un rendez-vous numérique et nous laisse rapidement. CB et moi regardons « Vies doubles » d’Assayas avec Canet, Binoche (eh oui, encore elle : je suis fan !) et Macaigne. Cela se passe dans le milieu de l’édition… c’est très bavard et pas si mal que ça !

Photographie : Coup de projecteur sur notre espace CD

33e jour sur la bouche – vendredi 17 avril

Matinée tranquille. Trop tranquille : S en oublie presque d’envoyer sa dissertation d’histoire à l’université. Quand elle le fait enfin, il lui reste moins d’une heure de délai ! Elle est pire que moi avec mes concours de nouvelles !

Après le bbq, CB attaque le « ménage à fond » de la pièce à vivre : quand c’est moi qui le fait, c’est moins à fond, c’est sûr ! Elle ponce également une pièce de bois qu’elle peindra pour en faire un totem. Dans l’après-midi, la mère de mes deux plus jeunes enfants appelle : elle voudrait que nous mettions en place une conversation par epykS. J’installe le logiciel sur mon vieux portable. Ça ne fonctionne pas bien : je les vois et ne les entends pas, il ne me voient ni ne m’entendent. Nous faisons donc par téléphone.

Dehors, à deux maisons de la notre, la famille teuf-teuf n’en peut plus de ne plus pouvoir utiliser ses voitures et autres trucs à moteur. Le fils aîné fait des tours de jardin avec une toute petite moto. Le bruit est horripilant mais nous avons le choix entre ça ou fermer les fenêtres, et il fait si beau !

Nous sortons tous les 3 pour la marche, vers 18h00 pour éviter d’avoir trop de soleil. En rentrant, CB et S préparent le repas, une poêlée maison de légumes et saumon frais. Nous mangeons dehors.

CB et moi regardons le film de science-fiction « High Life » de Claire Denis avec Pattinson et Binoche. CB craque au bout d’une heure. Je reste jusqu’au bout : ce film atypique, même s’il est truffé de références (volontaires ou non), est plutôt réussi.

Ensuite, je modifie une nouvelle un peu atypique dans ma production, une histoire d’amour avec scène de sexe que j’avais imaginée pour un magazine féminin et qui pourrait répondre à un concours que je viens de découvrir… à rendre avant le 30 avril !

Photographie : la borne à incendie en face de chez nous affiche le décompte du confinement : 33 jours.

32e jour – jeudi 16 avril, Sepúlveda écrivait dans le Monde diplomatique

Ce matin, j’arrose les nouvelles plantes et le figuier, j’écris la chronique de la veille et je m’attaque à la lettre pour le détenu, afin qu’il puisse l’avoir avant le week-end.

Ce 16 avril est un jour de tristesse et d’hommage en ce qui me concerne, avec les décès de Lee Könitz, Christophe et surtout, pour ma part, Luis Sepúlveda. Quand mes deux aînés avaient moins de 12 ans, nous regardions souvent le film d’animation d’Enzo d’Alò (1999) tiré de son conte « La mouette et le chat ». En plus d’être le romancier que l’on connaît, Sepúlveda écrivait des articles dans le Monde diplomatique. J’ai lu en ligne l’un de ces articles, qui parle particulièrement au cinéphile que je suis. Si vous avez aimé le film « Butch Kassidy et le Kid » de George Roy Hill (Réalisateur entre autres de L’arnaque et de Le monde selon Garp), avec – excusez du peu – Redford et Newman – cet article devrait vous passionner : https://www.monde-diplomatique.fr/2004/08/SEPULVEDA/11521

CB a fini son tableau hier, elle en est très contente.

Elle s’attaque à nettoyer la zone goudronnée devant le garage : notre vieille Alfa y a laissé des traces d’huile.

Après un bbq sous un soleil très agréable, je termine la relecture de ma pièce. CB la relira plus tard. Nous partons ensuite en promenade, sans S qui est toujours accrochée à sa dissertation !

Plus tard, CB fait ses comptes puis nous commençons à rassembler les informations pour les déclarations d’impôts. Cela nous semble toujours compliqué alors qu’on n’a pas grand-chose à déclarer !

Après un repas délicieux (bar au four + épinards) nous regardons avec plaisir le film « Prendre le large », de Gaël Morel avec Sandrine Bonnaire.

Photographie : Le tableau de CB est fini !

31e jour – mercredi 15 avril, résidence, les clefs à l’insertion

Il fait toujours aussi beau et venteux, avec des températures assez fraîches le matin, le soir et à l’ombre.

CB va faire les courses en fin de matinée, toujours avec ma carte bleue, car son compte commence à s’assécher. Le mien va mieux : à mon grand soulagement, j’ai reçu, le loyer de mon appartement de la résidence… Sarcignan, que je suis loin d’avoir fini de payer.

Journal de confinement de Sarcignan

Plutôt que de continuer à payer au prix fort une agence immobilière qui me laissait gérer à 900 km de distance les gros et petits pépins de location, j’ai confié il y a deux ans la gestion de mon F3 à une association d’insertion. Elle y loge des personnes en difficulté et les accompagne dans leur autonomisation sociale. Si un locataire finit par prendre son envol (autonomisation réussie, arrivée d’un enfant), l’appartement est rénové par un chantier d’insertion, dépendant lui aussi de l’association, avant l’entrée du locataire suivant. Cerise sur le gâteau : le loyer est garanti par l’association. Mais par les temps qui courent, je n’aurais pas été surpris que le loyer arrive en retard… ou pas du tout !

Je reçois un courrier du travail : on me demande si j’ai bien fait ma déclaration de personne fragile sur ameli.fr. Oui, je l’ai faite, il a deux semaines, mais je n’ai toujours pas reçu le formulaire à envoyer à mon employeur. J’espère que tout va bien se passer, ce n’est pas le moment de se retrouver avec un demi-salaire !

CB revient avec les courses et… un figuier. Je passe une heure dans le jardin à le planter bien comme il faut. La terre est basse, et elle est dure !

Peu de travail d’écriture aujourd’hui.

CB réorganise la bibliothèque, pour que les BD soient plus faciles d’accès !

J’ai enfin des nouvelles des Ed du Pangolin qui demandent ce jour de faire un versement pour payer les frais de port de mon exemplaire « Auteur ». Le recueil s’appelle « Dévoilements ».

Après le repas, CB téléphone à sa mère, à sa sœur et à son fils. Elle dit à ce dernier qu’il peut faire une croix sur sa saison d’été dans la restauration et qu’il ferait mieux de trouver un autre job d’été.

Pendant ce temps je commence à retoucher ma pièce de théâtre.

Nous finissons la journée en regardant « Furyo » de Nagisa Oshima. Nous l’avions vu à sa sortie, c’est un film qui avait beaucoup plu à notre génération. Les acteurs sont tous excellents, mais le fait que Bowie tienne un rôle me perturbe : je ne vois que la star, pas le personnage qu’il interprète. Le rythme du film est très lent et au bout d’une heure nous en avons eu assez.

Photographie : Il fait beau ? Surfez !

Lire cette chronique à partir du 40e, 30e, 20e, 10e, 1er jour.

30e jour – mardi 14 avril, bière, rhubarbe, anémie et délices japonais

Levé vers 7h30 car le réveil n’était pas neutralisé, je me lève, prépare le café, arrose les nouvelles plantes du jardin : je croyais qu’il pleuvrait cette nuit, mais tout est sec et il fait beau. Le vent est froid.

Une collègue me fait parvenir une nouvelle lettre d’un détenu. J’y répondrai bientôt.

Journal de confinement de Sarcignan

CB part faire des courses vers 11h avec ma carte bleue – son compte frôle le rouge, le mien pas encore. Elle revient 1h plus tard, nous l’aidons à décharger la voiture. Il y avait du monde au magasin et certains rayons étaient vides, dont celui de la bière. En Alsace, c’est un comble ! Mais nous n’en buvons pas.

Vers trois heures nous allons faire une promenade en passant – pour une fois – par le centre du village, pour nous protéger du fort vent du nord, très froid.

Plus tard, S s’en va à pied au village voisin pour faire son premier don du sang ! En cet honneur, CB cuisine un gâteau à la rhubarbe du jardin.

Je fais progresser lentement la 3e et (probablement) dernière scène de ma pièce de théâtre.

Retour de S : son don n’a pas été accepté car elle est anémique. Il va falloir qu’elle équilibre mieux son alimentation de végétarienne !

Après le gâteau, absolument réussi et savoureuse entorse à mon régime, nous regardons « Les délices de Tokyo », adaptation très fidèle de ce petit roman que nous avions beaucoup aimé.

Je termine la soirée en mettant la touche finale au premier jet de ma pièce de théâtre !

Demain, relecture !

Si vous voulez une grande bouffée d’air, je vous recommande les vidéos de descentes cyclistes du chanteur-guitariste Pierre Schott : http://www.pierreschott.com/Page%20videos.html

Photographie : promenade quotidienne sur fond de Vosges.

29e jour – lundi 13 avril, Qu’est-il arrivé à Lundi ?

Petit voyage dans le temps (un sujet récurrent dans mes nouvelles de science-fiction) : j’écris mes chroniques avec un jour de retard sur la date. La chronique que vous lisez en ce moment, celle du lundi 13, est écrite le mardi 14 (d’après mes notes de la veille) et elle est mise en ligne sur le site « Pourtant… » par Gilles Bertin dans les heures qui suivent.

Pour la chronique de dimanche (écrite lundi, c’est-à-dire hier au moment où j’écris ces lignes – vous me suivez toujours ?), j’ai laissé tomber la forme habituelle pour exprimer des choses qui me tiennent politiquement à cœur et sur lesquelles je reviendrai peut-être au fil des jours.

Qu’est-il arrivé hier, dimanche ?

Écriture, bullage, repas faiblement protéiné sur la terrasse où nous finissons les restes. 

Il faudra remplir le frigo mardi : nous n’avons pas pillé les magasins, nous !

CB profite du beau temps pour faire du tri dans le garage. 

La santé de sa mère est stabilisée depuis qu’elle a été admise en hospitalisation et perfusée pour remonter ses taux sanguins. Se pose la question de l’après hospitalisation.

Je continue d’écrire ma pièce. Premier jet de la scène 1 terminé, j’attaque la scène 2 !

Nous nous promenons tous les trois de 17 à 18h puis ensuite, bbq poulet salade. Pendant que S retourne à ses dissertations, CB et moi regardons « La Ballade de Buster Scruggs »  des frères Coen, western à sketches très sympathique, même si parfois envahi par les bavardages. L’histoire d’introduction est désopilante !

Et ce lundi ?

Nous nous sommes levés tard. CB est partie en tout début d’après-midi donner un coup de main à la blanchisserie de l’hôpital.

Je passe une partie de la journée à faire le ménage (avec un coup de main de ma fille S) et l’autre à rédiger une chronique « politique » que je fais relire à S (elle fait des études de politique et son avis est très pertinent) puis à CB à son retour.

Le temps vire peu à peu au gris, il y a du vent, CB et moi faisons une marche d’une heure très… aérée !

J’ai enfin des nouvelles de DN dont j’attendais des corrections sur trois textes dont un à envoyer le 15 avril au plus tard ! Cette histoire était écrite en deux parties, une au présent et l’autre au passé. Après discussion, nous décidons de tout mettre au passé. Cela nous prend du temps, jusqu’au repas préparé par CB : soupe thaï.

Nous regardons en famille l’allocution de Macron qui annonce, entre autres :

— le prolongement du confinement jusqu’au 11 mai. Ce qui aurait plutôt comme effet de me rassurer : j’angoisse encore à l’idée d’aller affronter le virus sur son terrain !

— la réouverture progressive des crèches, écoles, lycées car « Trop d’enfants notamment dans les quartiers populaires, dans nos campagnes sont privés d’école sans avoir accès au numérique et ne peuvent être aidés de la même manière par les parents ».

Voilà qui complète ma chronique d’hier : confrontés à l’éducation de nos enfants, nous nous rendons compte que le métier d’enseignant n’est pas facile et que les classes surchargées, les emplois du temps aberrants (pour les élèves comme pour les profs), le manque de reconnaissance des profs et de moyens pour les établissements sont de vrais problèmes. Si les leçons du confinement sont vraiment tirées, l’éducation (comme la santé) devrait voir ses ressources augmenter de façon significative. Mais le Medef veille au grain : il n’aime pas que l’argent public soit utilisé pour le bien collectif.

— la possibilité d’annuler la dette des pays africains, qui sont livrés à eux-mêmes et – c’est moi qui le dis, pas Macron – aux intérêts des multinationales ;

— le redémarrage des activités économiques ne concernera pas les hôtels, cafés et restaurants qui resteront fermés après le 11 mai ;

— des aides « spécifiques » pour les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie, de la restauration, de la culture et de l’événementiel, seront durablement affectés.

— une aide “exceptionnelle » aux familles les plus modestes avec des enfants.

Plus tard, nous regardons « Seven sisters », thriller d’anticipation, assez réussi. Chose amusante en ce jour, le titre original est « What happened to Monday ? »

Photographie : 29e jour d’enfermement, et encore autant qui nous attendent !

28e jour – dimanche 12 avril, Profitons de la vie, pas des soldes.

Le vieux monde s’inquiète et essaie de reprendre la main. Le Medef, les politiciens de droite, sociaux-démocrates et populistes, les dictatures, les fondamentalistes religieux, les banques et les assurances craignent que cette période diminue leur emprise sur nous. Ils se font de plus en plus agressifs dans les médias, afin que :

  • le sauvetage de « l’économie » (les bénéfices privés) redevienne au plus vite la priorité face à la crise sanitaire ;
  • le triptyque voiture/consommation/télé redevienne la norme dans les pays riches (pour les pays pauvres, on raye juste la mention « voiture »).
Journal de confinement de Sarcignan, 28e jour.

Il faut les comprendre :

  • Nous, consommateurs, sommes en train d’avoir la preuve que les métiers importants, ceux qui sont maintenus malgré tout, sont parmi les plus mal payés et les moins considérés. Soignant-es, aides-à-domicile, éboueurs, caissier-es, forces de l’ordre (dont les surveillants de prison, mes collègues), agriculteur-es, facteur-es et employé-es de messageries, transporteurs locaux, enseignants, ils et elles (surtout elles) gagnent deux à cent fois moins que leurs patrons et actionnaires.
  • Nos loisirs de week-end ne consistent plus à parcourir en famille les centres commerciaux, ce qui nous permet de (re)découvrir des activités non marchandes, moins génératrices de frustrations. Or, le sentiment de frustration est le moteur de la consommation. Moins sollicités, nous achetons moins de produits inutiles fabriqués à bas prix dans des pays lointains, transportés au détriment de la qualité de l’air et de l’état des routes, sur-emballés et dont la qualité de fabrication fait qu’ils terminent vite dans nos décharges déjà bien encombrées.
  • Nous sommes très nombreux à profiter de notre heure d’activité physique journalière alors que nous ne bougions pas auparavant. Si l’habitude perdure après le confinement, les bénéfices sur la santé publique – amplifiés par le ralentissement de la pollution – pourraient impacter les bénéfices financiers privés des industries et services médicaux et paramédicaux.
  • Nous nous rendons enfin compte que diminuer les moyens de l’enseignement et de la santé n’est pas le signe d’une saine gestion des ressources, mais le choix de sacrifier l’avenir pour les profits immédiats des grands groupes qui fabriquent des centrales atomiques défaillantes, des lignes de TGV et des autoroutes en surnombre.
  • Et j’en passe, vous compléterez vous-mêmes.

Tout cela, si nous y réfléchissons, peut nous mener vers un constat que les tenants de la mondialisation libérale préféreraient éviter :

Nos besoins primaires – énergie, logement, alimentation, santé, éducation, sécurité, culture – et nos biens collectifs – air, eau, terres et matières premières – ne devraient pas dépendre des spéculations économiques. Ils devraient être gérés collectivement, au niveau local, régional, continental et planétaire en fonction des particularités de chacun de ces besoins.

Le système économique mondial ne fonctionne que d’une seule façon : transformer tout ce qui est bien commun en bénéficies privés. S’il veut que cela perdure, il doit à tout prix renforcer chez nous ce qu’il nous a inculqué depuis des décennies :

  • Le travail. Cette denrée se raréfie grâce aux progrès techniques. Mais au lieu de libérer du temps à chacun en répartissant la charge et les gains de productivité, on préfère abrutir de travail une minorité et laisser les autres sans revenus tout en leur faisant croire que c’est de leur faute s’ils sont au chômage. Qui cherche trouve, vous n’avez qu’à traverser la rue.
  • La frustration et l’envie. Nous avons les moyens de satisfaire les besoins primaires de chacun sur la planète. Mais quel intérêt ? Il est beaucoup plus rentable d’amener les populations à désirer ce qu’elles n’ont pas, afin de les amener à consommer du superflu EN PLUS des besoins primaires. Mais, mon vieux, t’es largué : ton téléphone a au moins deux ans !
  • L’égoïsme et l’individualisme. Ils sont essentiels pour que des chaînes de solidarité ne se créent pas hors du contrôle du pouvoir : elles pourraient aboutir à des modèles socio-économiques respectueux des gens et de l’environnement, fonctionnant sans multinationales, banques, gouvernements centraux. La pseudo solidarité officielle et moralisatrice mise en place depuis des siècles (charité) ou des décennies (campagnes de dons) ne sert qu’à nous donner bonne conscience et à faire payer aux particuliers ce que la collectivité devrait prendre en charge. Dieu vous le rendra au centuple.
  • L’ignorance et sa conséquence, la bêtise. C’est essentiel pour maintenir le système. Des générations d’individus incultes et satisfaits d’eux-mêmes ne remettront jamais en cause un système dont elles sont persuadées que, s’il les maltraite, c’est la faute des étrangers, des syndicats, des noirs, des fonctionnaires, des arabes, des femmes au travail, etc. J’utilise un 4×4 pour faire mes courses, c’est mon choix : je suis libre, non ?

Dans nos démocraties, les prochains discours et décisions seront probablement l’illustration de la stratégie des dominants telle qu’elle est très élégamment résumée par Tancredi Falconeri, personnage clé du roman « Le Guépard » :

Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change.

Nous aurons donc droit à des promesses, peut-être même à des décisions laissant croire que le pouvoir a compris la leçon : revalorisation de certains salaires et métiers, relocalisation et éventuellement nationalisation partielle de certaines activités (rachetées au prix fort aux multinationales à qui nous les avons cédées pour une bouchée de pain). Peut-être têtes tomberont-elles. Quelle importance ? Un ministre ou un autre, un président ou un autre… c’est le système qui compte.

Et il ne changera pas par le haut.

Et parmi les « gens d’en-bas », dont nous sommes, beaucoup ne voudront pas non plus que cela change.

Alors, que faire ?

Des solutions existent et elles sont déjà mises en œuvre localement par des particuliers ou des collectivités. Il faut que nous soyons plus nombreux à adopter ces comportements.

Le principe de base est de consommer différemment afin de couper les revenus des entreprises multinationales qui sont seules à avoir le pouvoir et dont les dirigeants politiques sont, globalement, les obligés.

Consommons local.

N’achetons que ce dont nous avons réellement besoin.

Privilégions les produits de qualité, solides et réparables.

Fournissons-nous auprès des producteurs les plus proches.

Rencontrons nos voisins.

Investissons les élections locales, les sections syndicales d’entreprises.

Ne votons plus ou votons pour des personnes qui n’ont jamais été élues et qui vivent la même vie que nous.

Mettons en place un revenu universel. Les femmes et les travailleurs pauvres pourront ainsi refuser les métiers dégradants et sous-payés jusqu’à ce qu’ils soient considérés à leur juste valeur.

Allons au théâtre, au concert et au cinéma de quartier pour que nos loisirs rétribuent les artistes plutôt que les multinationales.

Profitons de la vie, pas des soldes.

27e jour – samedi 11 avril, le poids du confinement

Il fait toujours beau, mais la météo promet du changement pour bientôt. CB et moi bullons tranquillement dans le salon ensoleillé. Elle comptait mettre de l’ordre dans notre garage, qui sert de débarras, mais n’en fera rien.

J’échange quelques courriels avec deux auteur-es qui, comme moi, répondent à l’appel à texte des Éditions Jacques Flament, pour lequel j’ai proposé également une photographie. Nous relisons chacun les textes des deux autres.

Je continue mon sevrage momentané de protéines qui semble avoir eu l’effet escompté : je suis descendu en une journée au-dessous du palier auquel je stagnais. A ceux qui diraient que le confinement n’est peut-être pas le meilleur moment pour un régime, je ne puis que répondre ceci : il y a deux moments pour faire un régime. Tout de suite, ou une autre fois.

J’ai entendu dire que des personnes confinées sont confrontées au risque de la prise de poids, raison de plus pour faire attention ! Mais je suis tranquille : avec une heure de marche journalière, parfois remplacée par du jardinage intensif, je n’ai jamais fait autant d’exercice depuis des années ! Tous les feux sont au vert pour brûler mes graisses.

En attendant que CB relise la énième mouture d’une nouvelle qui a déjà échoué à bien des concours, je continue à petit rythme ma pièce de théâtre. Jusqu’ici je n’avais pas le feu sacré… mais je sens que ça vient !

A 17h nous partons en promenade. Il fait beau mais légèrement moins chaud que les jours précédents. Comme tous les jours nous passons devant un ensemble de ruches, et pour une fois l’apiculteur est là. Nous le saluons de loin, il accepte que je le prenne en photo.

Je prépare le repas – omelette, champignons, ail et persil, accompagnement de salade verte – pendant que CB téléphone plus d’une heure à son amie cadre supérieure au CHU de Bordeaux. Dans la région Grand Est, la surmortalité à compter du 9 mars est qualifiée d’exceptionnelle et elle atteint 269 % dans le Haut-Rhin. Cela ne me donne pas envie de sortir !

Après le repas, nous regardons « La déchirure » de Joffé. Film que nous avions vu – chacun de son côté car nous ne nous connaissions pas – à l’époque de sa sortie en 1984.

Trente-six ans après, il reste regardable, mais comme la première fois, me semble trop larmoyant.

Photographie : Grâce à la réduction des activités polluantes, les abeilles auront peut-être moins de pertes cette année ?

26e jour – vendredi 10 avril, privés de Finistère

Je me réveille tôt, travaille un peu sur ma pièce de théâtre, prend le café avec CB, puis, fatigué, me recouche une heure sans parvenir à trouver le sommeil. Le soleil s’installe tranquillement, chassant la fraîcheur matinale.

Journal de confinement de Sarcignan

Conséquence d’une des périodes de rattachement à l’Allemagne, aujourd’hui est un jour férié en Alsace et en Moselle (le 24 décembre aussi, mais on en reparlera lors de la 284e chronique, si vous le voulez bien). Si je regarde mon agenda, je vois que nous étions censés partir en congés, une semaine dans un village de vacances du Finistère. Nous avions un tarif sympa par une association des personnels du Ministère de la Justice. A l’allée, nous serions allés rendre visite à la sculpture Mimi, dans le Morbihan (voir chronique du 5e jour).

Aujourd’hui, suite du jardinage : je vais débarrasser le potager de ses herbes sauvages et mélanger sa terre avec du compost.

Pour essayer de débloquer mon poids qui reste en palier depuis 10 jours, je ne mange pas de protéines à midi et pas de complément alimentaire de fin de journée.

CB s’était portée volontaire pour renforcer l’équipe de la blanchisserie de l’hôpital en ce jour férié. Mais elle revient 10 minutes après son départ, ayant reçu un message disant qu’il y a suffisamment de monde : elle peut rester chez elle. Les jours fériés ne sont plus ce qu’ils étaient !

Faisant un pause de jardinage, à l’ombre du mirabellier, nous discutons un peu avec nos deux jeunes voisins, qui ont une fille de 3 ans et un nourrisson. Comme nous, ils ont un grand jardin, ça se passe plutôt bien. Ils réfléchissent au futur, envisagent d’adopter un mode de vie plus simple, plus naturel : le changement a commencé, autant ne pas s’arrêter en chemin !

Après un peu de travail en plein soleil, j’ai un nouveau coup de fatigue et vais de nouveau me coucher, sans vraiment dormir.

Plus tard, je termine de retourner le potager avant le repas : bar au four + un mélange de haricots verts et haricots beurre.

Après le repas, prise de contact téléphonique avec l’une des auteures du site MDA. Elle souffre d’insomnie… Comme moi, et comme certains étudiants dont s’occupe CB (n’oublions pas qu’elle contribue à la formation des futurs personnels soignants, ceux que l’on applaudit le soir au balcon mais que l’on prie de foutre le camp de l’immeuble pour ne pas contaminer les gens biens).

Tant qu’on y est, je reprends l’avis du Haut Conseil de la Santé publique qui conclut à l’absence d’efficacité de la désinfection des rues et du mobilier urbain par certaines municipalités. Sans effet sur la propagation du virus, ces javellisations sont au contraire nocives pour la santé des riverains, pour les sols et les eaux.

Ces actions hypocrites servent-elles à berner les citoyens en leur faisant croire que leurs édiles s’occupent d’eux ?

Ou, plus pervers encore, s’agit-il de lutter contre la baisse de la pollution causée par le ralentissement de l’économie ? Au cas où les citoyens du Monde trouveraient ça trop bien et voudraient poursuivre l’expérience !

En soirée, nouvelle tentative de trouver un film sympa : « Eva », avec Huppert. Je tenais à le voir car certains collègues de la prison y ont tenu des rôles de figurants… mais ce film nous semble long, lent, peu crédible.

Photo : Un bout du coin télé.

25e jour – jeudi 9 avril, reflet de nos vies confinées

J’ai conscience que cette chronique devient peu à peu monotone et répétitive… Elle n’est que le reflet de nos vies confinées. 

Je me réveille vers 6h30 avec la tête pleine d’idées et l’envie d’écrire ! Je descend préparer café, thé et ma bouteille de drainant (régime oblige). Les infos sont toujours les mêmes : on ne sortira pas du confinement avant longtemps (date officielle : le 14 avril, mais on parle officieusement de mi-mai). Le nombre de décès s’accroît moins vite. L’OPEP se réunit aujourd’hui pour lutter contre l’effondrement du prix du pétrole qui met des pays en situation difficile : Venezuela, Algérie…

Après avoir lancé une lessive couleurs, j’écris très rapidement la moitié d’une l’histoire dont le thème est : « Le jour où j’ai eu une sensation de déjà vu ». 

CB se lève vers 9h, je prends un déca avec elle pendant qu’elle déjeune. Son programme pour aujourd’hui : jardinage ! Mais d’abord : bullage sur canapé pendant que je continue à écrire.

S. arrive vers 10h et déjeune à son tour. Elle a lu ma nouvelle version de « Émancipation » :

— C’est mieux.

A ce jour, c’est le meilleur compliment qu’elle ait pu faire sur l’un de mes écrits, qui ne l’intéressent pas.

Plus tard, après quelques échanges sur le site Maux d’Auteurs je vais au jardin. Après avoir emprunté la brouette de notre voisine, je la remplis (au fait, savez-vous que je suis fan de ces utilitaires : https://sarcignan.zenfolio.com/p929324184) de compost bien frais et gluant que je vais mélanger à la terre sèche et caillouteuse de notre terrain. Je plante quelques arbustes aux endroits désignés par CB et déplace celui qui a eu l’idée de pousser cet hiver dans notre potager. J’ai envoyé des photos pour savoir quelle est cette essence ; le frère aîné de CB penche pour un fruitier de type prunier. D’autres voient plutôt un saule mais CB ne le croit pas. Et moi ? Je n’y connais fichtrement rien ! 

D’ailleurs, il temps de lancer le bbq !

Après le repas, je termine le premier jet de ma nouvelle « déjà vu ». Ensuite, je retourne au jardin et bêche le « champ de patates » de ma fille, une bande étroite sur la façade Est de la maison. CB va marcher seule autour du village pendant que je continue à remuer le jardin.

Nouveau bbq, côtelettes d’agneau grillées, puis nous regardons des débuts de films sans qu’un seul ne nous intéresse vraiment : Seven sisters en VF, ce qui ne nous plaît pas, La mule d’Eastwood, Une nuit sur terre, de Jarmusch et autres, et le début de Ratatouille que CB pensait ne pas avoir vu. Mais si ! De guerre lasse, nous allons nous coucher !

Photographie (CB) : Document exceptionnel : Sarcignan en train de jardiner. C’est presque aussi rare que de le voir courir ou laver sa voiture !

24e jour – mercredi 8 avril, la traque des mutants n’est pas crédible

Ce matin, Internet rame ! Les applications ne se lancent pas ou très lentement. Moment de stress : ne pas pouvoir accéder au réseau est ce qui pourrait m’arriver de pire, même sans être confiné. Je suis addict au web depuis 1999, c’est maintenant trop tard pour décrocher ! Je m’inquiète pour S qui a des dissertations à rendre. Finalement le débit se normalise avant qu’elle ne se réveille. Est-ce un problème de fournisseur d’accès ? De surconsommation locale ?

Le cap des 10 000 morts du coronavirus a été dépassé en France. La question du déconfinement se fait très présente dans les médias, qui nous disent en même temps que le confinement n’est pas près de s’arrêter.

Je travaille sur les rapports de détenus qu’une collègue m’a envoyés afin que je les mette à jour pour la Commission d’application des peines de fin du mois, qui sera dématérialisée.

En discutant avec elle, je comprends que l’article basé sur une source anonyme, paru il y a moins d’une semaine (voir chronique du 19e jour), est inexact. Il n’y a pas à ce jour de détenus atteints du Covid-19 dans la prison, même s’il y a eu des suspicions qui ont entraînées des mise en isolement. Par contre des collègues surveillants, gradés, officiers et même membres de la direction ont été plus ou moins atteints, certains nécessitant l’hospitalisation en réanimation.

A midi, nous mangeons dehors, sous le parasol : poulet mariné « façon CB » et grillé au bbq, salade verte.

L’après-midi, nous commençons à jardiner. Nous n’avons pas de pelouse ou gazon, mais un tapis de plantes sauvages. J’enlève les plus encombrantes et celles qui font mal quand on marche dessus pieds nus : il est essentiel de pouvoir marcher pieds nus dans son jardin, je trouve !

Pour la première tonte depuis l’automne dernier, c’est CB qui s’y colle – elle adore ça. Elle attrape quand même une sacrée suée et boit 1 litre d’eau en moins d’une heure !

Ma fille commence à s’ennuyer. Le confinement lui pèse. Elle aimerait retrouver ses amis autrement que par le truchement d’écrans. Comme elle a émis le souhait de donner son sang, CB lui propose de donner rendez-vous à ses amis pour le faire en même temps. Comme ça, ils pourraient au moins se voir.

Le soir, nous mangeons dehors également (maquereaux au four avec fenouil vapeur) avant d’aller nous promener tous les trois dans les lumières du soleil se couchant. Je discute de ma nouvelle sur le coronavirus avec S qui trouve que la partie où les mutants sont traqués et tués – directement inspirée de Van Voght – n’est pas crédible. Je la supprime en rentrant, je garde cette idée pour la version longue.

Plus tard, je fais par téléphone une longue séance de correction avec DN sur la nouvelle de science-fiction parodique : il y a un gros hiatus de concordance des temps, il faut faire des choix !

Avant d’aller dormir, je jette un œil et prends quelques notes pour mon prochain chantier : une pièce de science-fiction en un acte. J’ai tous les éléments, issus de trois nouvelles écrites ces deux dernières années. Il y aura quatre personnages pour un acte en 4 scènes.

C’est la deuxième pièce de théâtre que j’écris, j’en ai d’autres en projet… Pour quand j’aurai le temps !

Photographie : Un lézard de derrière le fagot.

23e jour – mardi 7 avril, comme un roman

Aujourd’hui, dernier jour de travail pour CB avant deux jours de congés.

Après son départ, je relis la nouvelle destinée au concours des Éditions du Faune sur le thème « Les autres ». Elle est à envoyer le 10 avril au plus tard, et il faut encore que mes correctrices la découvrent. Et comme c’est CB qui a le privilège de faire chaque première lecture, je dois attendre qu’elle soit disponible.

Je rédige les premiers mots de la nouvelles pour la revue « La clarté sombre des réverbères », à laquelle je réfléchis depuis plusieurs jours. Mon histoire s’inspire de trois œuvres qui m’ont marqué adolescent : « Le talon de fer » de Jack London pour l’utopie sociale, « À la poursuite des Slans » de A.E. Van Vogt pour la traque des mutants et « Les fleurs de février » de Kenneth Harker pour la génération spontanée. Cela vient facilement et j’ai fini un premier jet de 3 500 caractères en moins de deux heures. Rien à voir avec la nouvelle sur l’illettrisme qui m’en a fait baver !

Je sors pour ma promenade. Seul, car S préfère rester à la maison. Sur un chemin au milieu des champs, je suis contrôlé par deux gendarmes. Elle et lui sont en treillis et gilets pare-balles et roulent en 4×4 de la brigade cynophile : j’entends des aboiements dans la voiture. Cette fois, je trouve mon attestation du premier coup. Comme quoi je peux très bien me débrouiller sans CB. Parfois.

En marchant, je réfléchis à la nouvelle. J’imagine un autre titre pour la version raccourcie que je vais envoyer à la revue. Comme toujours, je pense aux « produits dérivés » de mon texte. Je vais essayer d’en tirer une version bien plus longue pour le concours des Éditions du Désir sur le thème « coronavirus », à rendre à la fin du mois. Et pourquoi pas un roman pour l’appel-à-textes de Folio-SF ? C’est à livrer tout début mai… Eh voilà : je suis débordé !

A ce jour, je n’ai jamais écrit de roman, même si j’en ai plusieurs en projet et d’autres déjà commencés. C’est une étape qui me semble difficile à franchir, comme la perte du pucelage : il faudrait que ça arrive vite, mais il faudrait AUSSI que ce soit bon !

De retour à la maison, je diminue la nouvelle à 2 500 caractères. C’est très, très court ! Mais ça le fait quand même.

Ensuite, repassage. Je termine la pile peu après l’arrivée de CB, fatiguée mais enfin en congés !

Photographie : Comme dans mon Sud-Ouest natal, les agriculteurs des plaines d’Alsace cultivent du maïs à grand renfort d’eau puisée dans les nappes.

22e jour – lundi 6 avril, impossible état des lieux : tuile et ménage, courage et chocolat

Il nous arrive une tuile qui pourrait avoir des répercussions financières embêtantes. CB et moi, quand nous avons décidé de quitter Bordeaux pour l’Alsace, avons mis en location nos logements respectifs, que nous n’avions pas fini de payer. Or CB vient d’apprendre que son locataire a posé son préavis avec effet dans quelques jours. Ce n’est pas la peine de chercher un autre locataire : même en admettant que quelqu’un puisse envisager de s’installer en plein confinement, l’agence en charge de la location ne veut pas faire d’état des lieux avant la fin du confinement.

Mais de quoi parle-t-on ? Quelle fin de confinement ? On imagine que cela va se faire par tranches… Faudra-t-il attendre la sortie du dernier confiné ? Cela peut prendre plusieurs mois !

Il va falloir faire attention aux dépenses ; je suppose que nous allons arrêter momentanément les concerts, théâtres, cinémas, restaurants, musées et autres week-ends en amoureux ?

Après avoir envoyé ma chronique du 20e jour à « Pourtant… », je fais une pose dans l’écriture. D’abord, parce que j’ai beaucoup donné ces trois dernières semaines, qui sont aussi les trois premières du confinement.

Ensuite, et surtout, parce que c’est journée ménage. Je lance une lessive de blanc : des draps et la blouse de peintre de CB. D’autres machines suivent. C’est S qui va étendre et décrocher le linge. Dans l’après-midi, elle passe l’aspirateur dans toutes les pièces après que j’ai fait la poussière (succinctement : je touche le moins possible aux innombrables bibelots de CB). Je passe ensuite la serpillière dans les lieux de passage et nettoie les cuvettes de WC. Au fait, vous ai-je parlé de ma passion pour les WC ? Voilà ce que ça donne : https://sarcignan.zenfolio.com/p1071199635

Faire une pause dans l’écriture ne m’empêche pas d’en parler. Je suis inscrit depuis quelques mois sur le site « Maux d’Auteurs »  (MDA). On y pratique régulièrement des concours de nouvelles de moins de 3 500 caractères. Après chaque jeu, chacun fait l’effort de commenter de façon constructive les textes des autres afin que nous puissions tous progresser. Plusieurs des textes que j’ai présentés m’ont servi par la suite de base pour des nouvelles plus longues.

Nous venons d’avoir les résultats du dernier concours dont le sujet était « le courage », thème national du « Printemps des poètes ». J’ai terminé premier en prose et dernier en poésie !

Comme je n’ai même pas peur, voici, pour la postér(ior)ité, mon poème :

J’ai serré les dents

J’ai serré les dents face aux mâchoires des lions.
Je me suis jeté à l’eau parmi les requins-marteaux.
Le grisou ne m’a pas empêché d’aller au charbon.
Et par dessus les douves je suis monté au créneau.

« Il n’a pas froid aux yeux », disais-tu ;
Et même : « des testicules ornent son postérieur. »
Tu me regardais de cet air entendu.
Moi, j’attendais que vienne l’heure
De te dire enfin que je n’ai jamais eu
Assez de cran pour avouer ma peur.

Après ce grand moment d’émotion, vous allez me demander : « Et le texte en prose ? »

Eh bien, par pure perversité, j’envisage de l’intégrer dans mon recueil de nouvelles sur la Première Guerre mondiale – celui dont aucun éditeur n’a voulu jusqu’à présent.

Après le ménage, je vais faire seul une marche d’une heure sous le franc soleil et le léger vent tiède qui vient du sud. CB rentre fatiguée, mais tient à faire comme prévu une tarte feta/épinards/saumon et un délicieux fondant au chocolat pour fêter les 19 ans de S. Tant pis pour le régime !

CB et moi regardons le 2e épisode de « Manon, 20 ans » avant d’aller nous coucher.

Photographie : Après trois semaines de confinement, la nature reprend ses droits.

21e jour – dimanche 5 avril, 10 kg, trois semaines, 19 ans, 1000 saisons

J’ai eu froid cette nuit, comme la précédente ! Peut-être un effet secondaire du régime que j’ai commencé avant le confinement et que je poursuis avec succès : 10 kg perdus depuis début janvier. Encore 10 autres et ce sera bien, d’après ma cardiologue !

CB, travail en cours

CB continue à peindre son tableau. Elle y intègre du sable. Mais ce n’est pas fini !

Le vote en ligne pour le Prix « Mille saisons » 2020 fonctionne enfin. Ma nouvelle « Au temps pour moi » est en lice. Les possesseurs du livre « Revenir de l’Avenir » peuvent voter sur le site de l’éditeur en utilisant le code indiqué sur la dernière page. On peut voter aussi pour la meilleure illustration, le meilleur court-métrage et la meilleure musique, tous inspirés par les nouvelles du recueil. Troisième effet Pangolin (voir chroniques précédentes) : la musique qui a été créée en 2019 pour accompagner mon texte s’appelle : « Corona borealis ».

Je continue à retoucher ma nouvelle de science-fiction, qu’il faut envoyer ce soir à Présence d’Esprits. Quant à ma celle de 1983, « Avant la pluie » (voir chronique du 18e jour), elle est en ligne sur le site des Éditions Noir d’Absinthe. Une lectrice me signale qu’il y a une faute d’accord et une faute de temps… Voilà ce que c’est quand on travaille sans ses correctrices !

Je commence à être moins angoissé par rapport au virus… Comme beaucoup de Français : les messages d’information insistent pour ne pas relâcher le confinement et certaines municipalités prennent des arrêtés plus contraignants que les exigences gouvernementales. Un peu partout, des personnes qui réfléchissent à l’avenir s’intéressent à ces laboratoires locaux. Il y a celles qui veulent savoir si c’est le bon moment pour restreindre un peu plus (ou beaucoup plus) les libertés individuelles et collectives. Il y a celles qui veillent et donnent l’alerte : jusqu’à quel point un sentiment illusoire de sécurité doit il prendre le pas sur notre qualité de citoyen ?

CB parle d’un possible effet boomerang : une deuxième vague d’épidémie qui pourrait toucher les personnes épargnées par la première. Merci CB, de nous remonter le moral !

Cela me donne à réfléchir pour le texte que je vais proposer à JF Éditions, sur le thème du Covid-19. J’ai déjà un titre et une idée de départ. Il y est question de l’après confinement. Mais il y aura-t-il un après ? Le confinement ne va-t-il pas devenir la norme, avec comme corollaire le couvre-feu et les milices ? L’anticipation est un genre que j’adore, mais il faut l’écrire vite car la réalité a tendance à dépasser l’infection, en ce moment.

Nous regardons le premier épisode de la mini-série « Manon, 20 ans », qui est la suite de la très réussie trilogie « 3 x Manon ».

Sans ma fille, qui a des dissertations à écrire. Et puis elle n’aime plus regarder des films ou des séries avec les vieux. Demain, elle fête ses 19 ans !

Photographie : Le tableau de CB avance au fil des week-ends… moins vite que l’épidémie ! Espérons que cette dernière se terminera avant le vernissage !

Lire cette chronique à partir du 40e, 30e, 20e, 10e, 1er jour.

20e jour – samedi 4 avril, label rouge

Peu fatigué à cause de mon manque d’exercice et de travail, je me lève vers 6h45. CB et S dorment encore. Après le petit déjeuner, je réécris les Chroniques de ce « Foyer de contagion », truffées de fautes de français et de copier-coller (vous comprenez pourquoi j’ai DEUX correctrices?). J’en profite pour donner plus d’ampleur à la partie « Prison » afin de mieux faire connaître mon métier, qui est rare.

Journal de confinement de Sarcignan

CB part faire les courses et rentre vers midi. Il y avait plus de monde que d’habitude et les accès n’étaient pas filtrés. Nous faisons notre premier barbecue de l’année et mangeons sur la terrasse du jardin. Il y a un vent froid du nord mais il fait très beau.

Je continue de récrire les chroniques pendant que CB relit ma nouvelle de science-fiction. Elle y trouve des corrections à apporter mais, surtout, elle ne voit pas l’intérêt de l’histoire. Où nous mène-t-elle ? Je comprends ce qu’elle veut dire : je l’ai écrite il y a quelques mois en pensant dès le départ qu’elle serait par la suite intégrée dans le roman des Gooseneck. Résultat : le lecteur n’y comprend rien, il lui manque trop d’éléments, il ne se sent pas concerné par les enjeux. Il me reste 24 heures pour retravailler le tout.

A 16h, nous partons nous promener, à petite allure : CB est fatiguée.

J’ai reçu un mail des Éditions Jacques Flament qui acceptent l’une de mes photographies pour le numéro 3 de la revue « La clarté sombre des réverbères ».

Après le repas nous regardons le joli et mélancolique film « The bookshop ».

Ensuite, je modifie la nouvelle de SF pour lui donner plus de sens.

Photographie : Nous mangeons notre poulet « label rouge » / salade sur la terrasse.

19e jour – vendredi 3 avril, manque de cannabis et coup de fatigue

CB est déjà au travail quand je me lève. Aujourd’hui, avec quelques cadres-formateurs de l’IFSI, elle va donner un coup de main à la buanderie où certains équipements, jetables d’ordinaire, sont soigneusement lavés et remis en service.

Photographie : CB au travail à la blanchisserie de l’hôpital (photo DR).

Un article est paru hier dans la presse régionale : sous couvert d’anonymat, collègue surveillant parle de la situation en prison. La détresse des agents en sous-nombre et dépourvus de masque, l’impossibilité de tenir la distanciation sociale, l’anxiété des détenus, d’autant plus que l’arrêt des visites aux parloirs a mis fin à l’approvisionnement de cannabis. La consommation et le trafic en sont interdits – et sanctionnés quand les contrevenants sont pris – mais il y en toujours un peu qui échappe aux contrôles et aux fouilles.

Une collègue m’envoie une demande sur le déroulement d’un mariage en détention : j’en avais organisé un il y a deux ans mais je ne me souviens plus de tous les détails.

Je commence à élaborer une trame pour une pièce de théâtre de SF en un acte, à remettre à la fin du mois dans le cadre du Prix Aristophane. Je vais me servir des nouvelles « Au temps pour moi », « Terra incognita » et « Du même monde », qui serviront également de structure pour le roman des Gooseneck. Cette façon de procéder est directement inspirée de celle de l’écrivain AE Van Vogt, qui fut longtemps mon auteur de référence en SF. Au fait, qui sait que la traduction française de son « Le mondes des à» est l’œuvre de Boris Vian ?

Isabelle, Christine et Gilles, de la revue « Pourtant », me posent des questions pertinentes sur mes activités et sur la cohérence de ma chronique. Je saisis l’occasion de réfléchir à ce travail, dont je rappelle que c’est une première pour moi. Je décide de reprendre chaque texte depuis le début, d’en corriger les fautes, d’en renforcer la cohérence.

Pour la première fois depuis le début du confinement, j’ai un coup de fatigue. Un léger rhume et une sensation de froid persistante. Après le repas avec S, je fais 3/4 d’heure de sieste avant notre promenade.

CB revient, fatiguée elle aussi. Ce soir, nous devions aller voir Rosedale au Casino de Blotzheim. A la place, nous regardons les deux derniers épisodes de « Agent Carter ».

Photographie : CB au travail à la blanchisserie de l’hôpital (photo DR).

18e jour – jeudi 2 avril, l’attestation manuscrite perdue de J Michel

Plus de 500 morts dans les hôpitaux français ces dernières 24 heures. Le cap des 4.000 est atteint, l’Espagne arrive à 10.000 !

Le premier ministre a annoncé que le déconfinement se fera lentement et progressivement, sur des modalités qui restent à définir. Je m’interroge : quand pourront sortir les personnes fragiles et non immunisées, comme c’est probablement mon cas ? J’imagine que ce sera quand il y aura suffisamment de places en réanimation pour traiter ceux qui auront la maladie après-coup.

Photographie CB : attestation manuscrite d’un certain J Michel.

Je rédige une réponse à l’attention du détenu qui m’a écrit. J’y joins deux règlements de concours d’écriture, charge à lui de les faire connaître aux éventuels codétenus qui seraient intéressés. L’année dernière, certains ont obtenu des prix au niveau national.

Nouvel appel de ma collègue, toujours pour le dossier SIAO du libérable. Nous en profitons pour parler de la prochaine Commission d’application des peines : j’ai quatre rapports à remettre mais aucun moyen d’accès à mes dossiers : la confidentialité exigée par nos métiers interdit l’usage du télétravail. Nous allons réfléchir à la façon de procéder.

Cruelle déception : une nouvelle dont j’étais très fier n’a pas été retenue pour le numéro de la revue « Galaxies » en hommage à Marie Shelley et son Frankenstein. L’anthologiste me propose de l’inscrire pour le Prix annuel Alain le Bussy. J’accepte, mais sans trop d’espoirs : je n’ai pas retravaillé le texte, il ne sera donc pas meilleur.

Traînant un peu sur le web, je tombe sur un appel à textes des éditions Noir d’Absinthe pour une micro nouvelle. Le délai de soumission se termine dans… vingt minutes ! J’adapte fissa une très vieille histoire (la première version date de 1983) et l’envoie. Sans conviction.

Dans la foulée, j’adapte trois nouvelles pour des concours à venir, prenant en quelque heures un mois d’avance ! Cela va me libérer du temps pour des projets plus complexes : un pseudo-roman de SF en cours, l’adaptation d’une nouvelle de SF en pièce de théâtre. Et, surtout, la préparation de mon premier « vrai » roman de science-fiction, développé à partir de la nouvelle « Au temps pour moi » déjà mentionnée dans une chronique précédente.

Tiens, je n’ai pas encore parlé de CB ! Elle travaille, elle se préoccupe pour sa mère, elle fatigue. Vivement les vacances, prévues à partir de mercredi prochain.

Photographie (de CB) : Lors de notre marche du jour, nous rencontrons l’attestation manuscrite d’un certain J Michel. Comme quoi je ne suis pas le seul maladroit !

17e jour – mercredi1eravril, le linge sale en famille

Je me lève avant 6h00 après une nuit agitée : trop de déca ? Pas assez d’exercice, certainement !

CB va travailler cet après-midi à la blanchisserie de l’hôpital. Elle fera de même les prochains jours fériés (dont le vendredi Saint, férié en Alsace et Moselle) pour suppléer le manque de bras : en temps ordinaire, la blanchisserie n’est pas ouverte le week-end.

Je reçois un appel d’une collègue : nous remplissons en commun le dossier de demande d’hébergement d’une personne qui va être libérée prochainement. Après des années de détention, elle n’a plus aucun point de chute. C’est une situation très problématique, avec des tenants sociaux et médicaux. Nous travaillons en étroite collaboration avec la Juge d’application des peines et le SIAO, organisme chargé de gérer l’accès au logement des personnes sans abri (plus connu sous son numéro d’appel : le « 115 »).

Dans la matinée, je rédige (trop) rapidement les chroniques des jours 5 à 10 du confinement, avant de m’attaquer aux nouvelles à livrer ces prochains jours. Il y a un appel à textes sur l’automne qui devrait déboucher sur un recueil. J’adapte une nouvelle écrite dernièrement pour un jeu littéraire entre membres du site « Maux d’auteurs ».

Je passe un petit coup de balai et de serpillière (ou bâche, since, estrasse, loque, loque à reloqueter, moppe, vadrouille, panosse, patte, peille, pièce à frotter, torchon, toile à laver, wassingue, c’est comme vous voulez).Ensuite tournée de lessive et quelques photographies pour alimenter cette chronique. Il fait soleil et plutôt doux, le vent s’est affaibli.

Pendant le repas, ma fille et moi écoutons les informations sur France Inter. J’essaie de le faire chaque jour, à 13h00 et 19h00.

Après que nous ayons débarrassé la table, S va étendre le linge et je reprends mon travail à l’ordinateur. Les chroniques 1 à 6 ont été mises en ligne, il faut que je fournisse !

Comme chaque fois que CB travaille à la lingerie, elle rentre plus tard et je vais marcher avec ma fille. En rentrant, je prépare le poulet et les patates au four pour le repas du soir. S préparera le sien de son côté : elle est végétarienne.

Dans la soirée CB m’annonce que sa mère a fait un malaise, elle est hospitalisée. Toute sa famille est sur le qui-vive.

Après que nous ayons regardé un nouvel épisode de notre série, je retouche :

— une nouvelle de « hard science-fiction » pour participer au concours de Présence d’Esprits. Leur concours précédent m’avait valu un deuxième prix et une édition dans la revue AOC.

— une nouvelle de science-fiction parodique pour le concours de la revue Le Faune, à laquelle je vais également proposer des photographies sous le nom de Sarcignan

Photographie : Journée blanchisserie pour CB comme pour ma fille et moi !

16e jour – mardi 31 mars, nouvelle peu convaincante

Levé avant CB, je petit-déjeune avec elle. J’ai la nouvelle pour Béziers à finir d’écrire dans la journée.

Ma collègue du SPIP me fait parvenir une lettre à mon attention de la part d’un détenu.

Il fait beau, très beau même, mais le temps reste frais : moins de 10°C.

Je me concentre sur la nouvelle dont je termine le premier jet peu après le repas pris en commun avec ma fille. En attendant que CB puisse la relire, je retouche une autre histoire pour un appel à textes sur l’automne.

Je reçois un courriel de l’association BienVenus sur Mars : ma nouvelle « Dans les limbes » est retenue parmi les 14 de l’anthologie « ¿ Réversible / Irréversible ? » à paraître dans quelques semaines.

CB rentre de travail, nous partons marcher une heure. Elle continue à téléphoner et recevoir des appels concernant sa mère et les actions à mettre en place. Nous avons quand même le temps de discuter de ma nouvelle pour Béziers, qu’elle trouve peu convaincante. Nous mettons au point quelques éléments pour l’améliorer.

Photographie : Les crapauds font la cour à CB, mais c’est moi son prince charmant !

15e jour – lundi 30 mars, et Pourtant

Au matin, entretien téléphonique avec ma collègue de permanence à la prison. Elle va de nouveau en détention faire des entretiens professionnels : nous avons une allocation de masques. Elle a besoin de renseignements concernant une personne que j’accompagne, je lui donne mes codes pour qu’elle puisse accéder à mon environnement informatique.

Pour répondre à des concours, j’envoie deux « vieilles » nouvelles après les avoir adaptées aux contraintes de taille et de thème. Je progresse également dans l’écriture d’une histoire répondant à un appel à textes du Festival fantastique de Béziers pour… demain ! Le thème : le fantastique et la mer !

Après la marche rituelle avec CB, je reçois un courriel de l’animateur de la revue « Pourtant » qui me propose de publier en ligne un journal de confinement contenant un texte et une photo par jour. Je suis surpris, n’ayant jamais fait cela, mais j’accepte d’autant plus facilement que :

— j’ai pris des notes depuis le premier jour ;

— mon appareil photo s’endort depuis quelques semaines !

J’envoie une première proposition dans la soirée.

La radio m’informe des premiers décès liés à l’automédication à la chloroquine. Je suis abasourdi : comment peut-on être aussi stupide ?

CB continue à passer du temps au téléphone avec sa famille. Elle pense que sa mère, très affaiblie par sa leucémie, vit ses derniers jours.

Elle appelle ensuite une amie, cadre supérieur au CHU de Bordeaux à qui elle fait part de la situation à Colmar. Elle lui permet ainsi de se faire une idée de ce qui les attend dans quelques jours, quelques semaines.

Nous décompressons ensuite en regardant, comme tous les soirs en semaine, un épisode de Agent Carter.

Photographie : Terre de frontières et d’échanges, l’Alsace manque de mystères. Nous avons donc créé nous mêmes notre (petit) Stonehenge.

14e jour – dimanche 29 mars, vivre de son art

Temps froid et humide. Pourquoi faut-il que cela se gâte au moment du week-end ?

CB peint, elle est heureuse. Ne le répétez pas, mais finalement, je m’adapte très bien à cette situation étrange. Nous avons la chance d’avoir un jardin, d’être entourés de champs, rivière et forêt et, n’ayant ni animaux ni enfants en bas âge à domicile, nos contraintes sont faibles !

Certes, nous ne pouvons plus sillonner la région et ses musées, salles de cinéma et de théâtre, ni passer nos samedis soirs à jouer au tarot avec des potes jusqu’à deux heures du matin.

Mes journées ressemblent à ce que je ferais probablement si j’étais – comme dans mes rêves les plus fous – un écrivain-photographe vivant de son art ! C’est artificiel et ça ne durera pas, mais quelle sensation agréable !

CB n’est probablement pas de cet avis : elle s’épuise au travail, elle va faire les courses seule alors que nous faisions toujours tout ensemble…

Journal de confinement de Sarcignan

Je termine en milieu d’après-midi la nouvelle sur l’illettrisme. Après notre balade quasi-quotidienne, je la montre à CB. Comme d’habitude, elle fait une première correction centrée sur les fautes d’orthographe et les incohérences du récit. Une fois ces modifications intégrées, je transmets le texte à DN qui vérifie syntaxe et conjugaison.

Je suis très fier : mes deux lectrices trouvent l’histoire très amusante, très réussie. L’acharnement a payé ! J’expédie la nouvelle à l’organisateur dans la soirée, tout juste dans les délais.

Photographie : J’apprends à regarder mon intérieur avec un œil neuf.

13e jour – samedi 28 mars, L’illettrisme démasqué ?

Il y a des effets positifs à cette épidémie.

Par exemple, depuis quelques semaines, nos amis et nos parents savent nous situer sur la carte de France ! Jusque là, Colmar, Mulhouse, cela ne leur parlait pas.

Mais je me demande si cela va pour autant leur donner l’envie de venir nous visiter plus souvent…

Journal de confinement de Sarcignan

Je m’interroge beaucoup, comme bien des personnes, sur l’après confinement. Écologiste, j’entends les informations qui signalent que la pollution baisse en même temps que l’activité économique. Solidaire, je me dis que ce qui se met en place pour aider les familles et les petites entreprises se rapproche de la notion de revenu universel. Serons-nous capable de poursuivre la mutation ? Pourrons-nous amener chacun à ne plus travailler pour produire des saloperies en plastique, des missiles ou des EPR ? A ne plus accepter des boulots fractionnés, précaires et mal payés alors qu’ils sont essentiels, comme on le voit aujourd’hui : soins et aide à domicile, distribution du courrier, commerces de proximité, animateurs, travailleurs sociaux, artistes.

Garderons-nous le rythme d’une heure de promenade par jour, si bon pour la santé et pour saluer nos voisins, même de loin ?

Ça y est, j’ai trouvé une trame pour la nouvelle sur l’illettrisme. Le héros de l’histoire, pas bête mais ne sachant pas bien lire — ce qu’il cache à son entourage — se retrouve dans des situations complexes où son handicap l’amène à faire des erreurs de plus en plus catastrophiques. Elles sèment la mort et la désolation sans qu’il en ait bien conscience. Il n’y a plus qu’à l’écrire et à la faire relire. Il me reste moins de deux jours !

Photo : Un masque a été jeté dans le caniveau, devant l’arrêt de bus.

12e jour – vendredi 27 mars, le deuxième effet Pangolin

Je me lève tôt pour préparer le café (déca pour moi, santé oblige) et prendre le petit déjeuner avec CB qui, comme tous les matins, va sauver la France. Ouvrant ma messagerie, je vois :

— que ma collègue de permanence me demande de faire une réponse à un détenu qui veut savoir où en est son projet d’aménagement de peine. Je rédige une réponse pour lui expliquer que tout est au point mort et que cela ne va pas bouger avant longtemps.

— que les Éditions du Pangolin m’ont envoyé un message à 2h du matin (heure d’Enghien, Belgique). Ils me demandent mon adresse afin de m’envoyer mon exemplaire du recueil de nouvelles dont je ne sais ni le titre, ni l’apparence : leur site Internet est endormi.

L’épidémie met en danger beaucoup de petits éditeurs qui ont comme principaux lieux de vente les foires et salons du livre et les librairies avec lesquelles ils entretiennent des relations au quotidien.

S’il vous plaît : n’achetez pas sur nozamA, allez sur les sites des éditeurs et des libraires !

Après-midi ménage, avec l’aide de ma fille, et repassage : la pile de linge commençait à vaciller, menaçant de nous ensevelir. 

Lors de la marche de fin de journée avec CB, nous sommes contrôlés par deux jeunes et beaux gendarmes en treillis et gilet pare-balles. Je réussis à ne pas retrouver mon attestation, que j’avais pourtant sur moi. Du pur Sarcignan, ça. Pour faire diversion, CB leur fait son numéro : “Je rentre juste de l’hôpital de Colmar, je sors de suite avec mon mari qui doit marcher régulièrement car il est cardiaque, blabla”. Ils la questionne aimablement sur son travail, quand un motard fait demi-tour en les voyant. Les deux militaires nous disent d’y aller avant de grimper dans leur 4×4 low-cost.

C’est là que je retrouve mon attestation. 

Et pour l’illettrisme ? Eh bien, euh, j’ai jusqu’au 29 pour rendre ma copie, non ?

Photographie : Quand les livres sont inaccessibles, l’illettrisme est garanti. Mais nozamA n’est pas la solution !

11e jour – jeudi 26 mars, une dent contre le système

Aujourd’hui, moment mémorable (après coup) : dans une région dévastée par l’épidémie, au sein d’un hôpital débordé par les malades du coronavirus, je me rends aux urgences dentaires ! Pour une fois que je sors de mon coconfinement ! Mais l’anxieux que je suis est vite rassuré : secrétaires médicales, personnel soignant, chirurgiens-dentistes, tout le monde est masqué, ganté, et il y a des pschitteurs hydroalcooliques dans tous les coins. Dans le respect de la distance sociale, je suis bien accueilli et bien traité. Je les applaudirais bien le soir sur mon balcon, si j’avais un balcon et si je ne ne trouvais pas ça hypocrite de la part de gens qui critiquent les services publics à longueur d’année.

J’espère que, désormais, je vais pouvoir manger normalement et vivre sans maux de tête.

Autre évènement de la journée, bien plus sérieux : le G20 débloque 5.000 milliards de dollars pour soutenir l’économie mondiale. Cinq mille milliards. Pour l’économie. Vous ne voyez pas le problème ? Cherchez un peu sur Internet :

— Avec 270 milliards, on mettrait fin définitivement à la faim dans le monde.

— En mettant 200 milliards de plus par an dans les soins de santé primaire des pays à revenu faible ou intermédiaire, on sauverait 60 millions de vies et allongerait de 3,7 ans l’espérance de vie moyenne d’ici à 2030.

— Avec seulement 40 milliards de plus par an, on réglerait l’accès à l’éducation pour tous. 

— Avec 53 milliards par an pendant 5 ans, on réglerait le problème des populations qui n’ont pas accès à l’eau potable…

L’argent est là, ce sont les choix que nous faisons, ou nos représentants – ce qui revient au même – qui ne sont pas bons.

Et pour l’illettrisme ? Euh… j’y pense, j’y pense. Tout le temps.

Photographie : Le coin repas aux couleurs de Mondrian

Lire cette chronique à partir du 40e, 30e, 20e, 10e, 1er jour.

10e jour – mercredi 25 mars, livraison de vin

La matinée commence avec un appel de mon ami M, grossiste en boissons et fin connaisseur de vins. Ses employés sont confinés, il travaille seul pour faire des livraisons à domicile. C’est l’un de mes lecteurs assidus : il veut que je lui envoie de nouvelles histoires ! En général, je ne fais lire à mes amis que les histoires qui ont été récompensées ou imprimées : j’estime que celles qui n’ont pas franchi ce cap doivent être retravaillées.

Le confinement serait porté à 6 semaines ? Je ne peux pas rester aussi longtemps avec ma dent en souffrance ! Suivant les conseils de CB, je téléphone à mon dentiste (qui ne répond pas) puis au Centre Dentaire Mutualiste. Mon interlocuteur m’interroge et planifie un rendez-vous pour le lendemain matin aux urgences dentaires de Colmar.

On me signale un « concours de circonstance » : 72 heures pour écrire une nouvelle de 8 000 caractères sur le thème « Un peu d’air ». J’ai le texte qui va bien : « Les îles du Salut » que je raccourcis et renomme en « L’air du large ». C’est ma seule nouvelle qui soit directement inspirée par mon travail en prison. Elle est en accès libre : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lair-du-large

J’ai le projet de faire du repassage mais… je suis contacté par la revue « Pourtant », intéressée par un montage photographique que je leur avais proposé. Je dois refaire le montage, le premier n’étant pas suffisamment dimensionné pour une impression sur papier.

Le soir, nous regardons le premier épisode de la deuxième saison de « Agent Carter ». La première saison nous a bien plu : c’est simple et vif comme une bande dessinée et plutôt féministe. Très bien pour penser à autre chose qu’au virus !

Photo : L’étiquette de la bouteille que M nous a offerte pour notre mariage en novembre dernier (il était mon témoin). Ce vin avait le même âge que CB et moi !

9e jour – mardi 24 mars, l’illettrisme vu des Vosges

J’ai toujours mal à la tête et aux dents. La douleur est devenue une constante, un phénomène auquel je m’accoutume, comme je m’accoutume à la peur du virus et aux contraintes qu’il nous impose.

Une collègue m’a fait parvenir par courriel la lettre qu’une personne détenue a écrite à mon attention. Je rédige une réponse qu’elle lui transmettra par le courrier interne de la prison. Même en temps ordinaire, une bonne partie des relations entre Conseillers pénitentiaires et détenus se fait par courrier : nous n’aurions pas le temps de les rencontrer à chaque demande de leur part.

Je n’arrive toujours pas à démarrer l’histoire sur l’illettrisme. Pour ne pas rester sans produire, j’adapte des nouvelles existantes pour les prochains appels à textes. Depuis que je me suis mis à écrire, en 2018, j’en ai créé une soixantaine. Si on enlève celles qui ont été primées ou éditées, il m’en reste plus de quarante disponibles pour être retravaillées.

J’ai une pensée pour Uderzo dont on vient d’apprendre la mort : ma première nouvelle à avoir remporté un concours, le « Combat des chefs », était truffée d’allusions aux aventures d’Astérix.

Je croise peu ma fille, qui se confine d’elle-même dans sa chambre et prépare – ou pas – ses examens universitaires.

Je fais une marche en solitaire car CB rentre plus tard que d’habitude. Dès qu’elle est là, elle s’occupe de sa mère… au téléphone. Nous appelons d’autres amis, dont DN, ma seconde correctrice, toujours en convalescence du Covid-19.

Après le repas, nous regardons le début de « Le diable par la queue » mais CB, fatiguée, va se coucher.

Je retourne à mon ordinateur pour allonger une petite nouvelle afin de la présenter à l’appel des éditions Flatland sur le thème des robots qui ont pris le pouvoir.

Et je reviens à l’illettrisme qui, décidément, me pose problème, peut-être parce que j’y suis confronté régulièrement dans mon travail.

Photo : au matin, vue sur les Vosges depuis la fenêtre de la salle de bain.

8e jour – Lundi 23 mars, le syndrome du touret

J’ai tellement mal à la dent que j’en fais une céphalée. La douleur ne fait qu’ajouter au stress : l’inquiétude me gagne comme elle gagne beaucoup de monde. Comment cela va-t-il finir ? Nous échangeons beaucoup de messages et d’appels, prenant soin – à distance – de nos proches.

Mon appareil photo dort dans un coin. Il me tarde de parcourir à nouveaux des paysages urbains. Je vis à la campagne, certes, mais c’est la ville que j’aime photographier !

Je me remets à la nouvelle sur l’illettrisme, sans trouver le fil conducteur. Cela arrive, parfois, que le déclic ne vienne pas. En général, je m’efforce d’écrire quand même, me disant que c’est l’apprentissage qui continue (cela ne fait que deux ans que j’écris vraiment et qu’une semaine que je le fais à plein temps).

Ce soir, nous continuons notre cycle Denys Arcand avec « La chute de l’empire américain ». Nous abandonnons au bout d’une demi-heure : nous n’arrivons pas à nous intéresser à l’histoire. Est-ce le film, est-ce nous ?

Photo : un autre coin de notre jardin, avec le composteur et le mirabellier. Il va être temps de répandre le compost dans le mini-potager.

7e jour – dimanche 22 mars, CB peint

Mettant de l’ordre dans mes messageries, je tombe sur un vieux courriel de ma mère contenant un lien vers le site Radiogarden qui permet de se connecter à des milliers de stations de radio, placées sur la mappemonde. J’envoie le lien à quelques ami-es : c’est du voyage garanti en ce temps d’immobilité.

Je reçois un aimable message des Éditions du Sonneur qui refusent mon recueil de nouvelles sur fond de Première Guerre mondiale. Un autre message, de la Galerie de la Présidence, contient un lien vers un petit film réalisé lors de l’exposition écourtée de Marcel Gromaire au musée de la Piscine de Roubaix. Nous y étions invités… ce sera pour une autre fois. Heureusement que nous sommes allés voir celle de Honfleur, en novembre dernier !

CB trouve enfin le temps de peindre. Elle est à côté de moi, en blouse blanche – ce qui ne la change pas du travail !

A la demande de Sylvain Lamur, auteur et anthologiste, je rédige quelques lignes de présentation de ma nouvelle « Le spitzballer ». Je l’ai écrite exprès pour l’appel à texte « Sports & Loisirs » des Éditions Rivière Blanche. On y retrouve les Kanamites anthropophages, personnages récurrents dans mes histoires de SF. Je les ai empruntés à Damon Knight (« Pour servir l’homme », 1950).

Ce soir, nous regardons la suite du Déclin : « Les invasions barbares ».

Photo : l’atelier de peinture de CB et, en arrière plan, son bureau.

6e jour – samedi 21 mars, « Le Déclin de l’Empire américain »

Journée grisâtre. Je stresse. J’ai mal aux dents. J’ai peur. L’âge moyen des victimes est passé en dessous de 60 ans, il y en a eu une centaine aujourd’hui. J’ai peur du travail de CB. J’ai peur de ne pas survivre si j’attrape le virus. Je lui en parle, elle essaie de me rassurer en me parlant des précautions qu’elle prend.

Ce week-end, j’avais prévu d’être comme l’année dernière au Salon du livre de Paris. En 2019, c’était pour la sortie de l’anthologie « Revenir de l’avenir » dans laquelle se trouve ma nouvelle « Au temps pour moi ». Cette année, c’est Somnambules Éditions qui devait sortir le recueil « L’heure des ombres » qui se conclut par ma nouvelle « Crépuscule ». Tant pis.

Je décide d’abandonner mon projet de poèmes – je ne sais vraiment pas faire de la poésie – et de reprendre le texte sur l’illettrisme. Je vais m’inspirer d’une nouvelle de Sheckley et essayer de donner un côté comique à mon histoire.

Après le repas de midi, petite marche avec CB. Il fait froid et il y a du vent. Nous dérangeons deux chevreuils qui détalent à travers un champ retourné.

Plus tard dans l’après-midi, je décide à nouveau de laisser tomber cette histoire d’illettrisme qui me prend la tête. Mais d’écrire ces quelques mots me stimule à nouveau. Le temps presse : c’est pour le 29 mars. Or j’ai une autre nouvelle, à peine ébauchée, à rendre pour le 30 (thème : le fantastique et la mer) et une histoire sur la domination des robots pour le 31 !

Le soir, nous regardons « Le Déclin de l’Empire américain ».

Photographie : La grenouille thermomètre le dit : il fait beau, mais froid !

5e jour – vendredi 20 mars, Macron au bord des larmes

Hier, Macron a fait un discours très intéressant. Au bord des larmes quand il remerciait les soignants, dont ses prédécesseurs et lui-même n’ont cessé de casser l’outil et les conditions de travail, il a effleuré l’idée que la mondialisation n’était pas toujours la bonne solution et que certaines activités et productions devraient être relocalisées et dé-privatisées. Bien sûr, il n’en fera rien, mais nous, nous pouvons l’obtenir.

Une collègue de CB est passée la prendre, je dispose ainsi de la voiture pour aller chercher ma fille à l’aéroport de Bâle. J’en profite pour passer à la poste afin d’envoyer une nouvelle pour un concours – certains organisateurs sont encore réfractaires aux courriels, j’imagine que ça leur évite d’être submergés d’envois de textes rédigés à la va-vite. Je fais aussi quelques courses. Les rayons sont peu garnis, les clients suspicieux et les caissières inquiètes.

Je suis à l’aéroport à 13h30, avec une attestation pour S et une pour moi. Elle monte à l’arrière de la voiture. Arrivée à la maison, elle défait sa valise et reprend possession de sa chambre.

Il fait très beau, les tondeuses s’ébrouent dans chaque jardin. Sauf le nôtre, qui ne ressemblera jamais à un jardin alsacien !

Je décide d’abandonner le texte sur l’illettrisme et, stimulé par le printemps des poètes, j’envisage de faire un poème par jour de confinement pour le concours de Dijon. J’ai déjà trois jours de retard !

Photographie : Un coin de notre jardin. L’hôtel à insectes a été fabriqué par des détenus. Contre le touret repose Markus, une copie réduite du Mimi du Domaine de Kerguéhennec. Constitué de briques prélevées dans des usines désaffectées de Mulhouse, Markus est le résultat d’un projet artistique qui n’a pas abouti (https://sarcignan.zenfolio.com/p348736172)

4e jour – jeudi 19 mars, mal de dent

Appel d’une collègue de la prison. Pour le moment la situation est tenable, mais c’est fragile. Pour faciliter la vie des détenus, la télévision va être gratuite et le téléphone moins cher. Tout le monde est inquiet.

— Les détenus voient disparaître le peu d’occasions qu’ils ont de sortir de leurs cellules : travail, cours, entretiens avec les professionnels, parloirs avec les familles. Les murs se resserrent autour d’eux.

— Les surveillants anticipent une montée en tension alors même que leurs effectifs baissent, soit par maladie soit pour garder les enfants.

Je passe la matinée à essayer d’inventer une histoire pour un concours sur l’illettrisme. Le genre imposé est « SFFF » : science-fiction, fantastique ou fantasy. Habitué à me compliquer la tâche, j’envisage d’en faire deux versions, une qui se passe pendant la Première guerre mondiale sur l’île de la Réunion et l’autre sur une petite planète isolée de l’Empire galactique…

Une molaire me fait très mal, je mange difficilement, mais je me dis que je peux attendre la fin des 15 jours de confinement avant d’aller me faire soigner.

Photographie : Le tableau où nous mettons les places de concert et de théâtre en attente. Rien que cette semaine nous allons rater Souchon au Zénith de Strasbourg, Coutin et Margerin au Grillen de Colmar et Personne à la Laiterie de Strasbourg.

3e jour – mercredi 18 mars, anniversaire de CB

CB est cadre-formateur d’infirmiers-ères. Dans le contexte d’engorgement des hôpitaux de la région, elle prête parfois main-forte aux autres secteurs. Elle ne peut pas aller en service de réanimation où l’on ne prend pas de personnel non directement opérationnel et va plier des vêtements à la blanchisserie de l’établissement.

Il fait beau. J’ai changé les draps dans la chambre d’amis qui va redevenir celle de ma fille S : l’Université de Dublin ferme et elle revient vendredi en avion. Elle passera ses examens par Internet.

Au retour de CB, nous faisons notre marche quotidienne, sans les attestations que nous avons oubliées. En rentrant, j’appelle ma deuxième correctrice pour une nouvelle à envoyer avant le 20. C’est une histoire extraite d’une nouvelle plus longue, dans laquelle je fais se rencontrer Marie Marvingt et Louis Aragon.

CB appelle les différents membres de sa famille. Sa mère est très malade et pourrait succomber au Covid-19 si elle l’attrapait.

Nous fêtons l’anniversaire de CB avec un repas d’endives braisées et noix de Saint-Jacques, côte-de-blaye et moelleux au chocolat. Nous devions aller voir Souchon à Strasbourg avec des amis, ce sera canapé devant un épisode de « Agent Carter ».

Photographie : CB au téléphone avec sa famille, essayant de gérer la situation de sa mère qui habite habite à 900 km

2e jour – mardi 17 mars, les Éditions… du Pangolin !

CB part tôt au travail. Ma matinée commence par un long échange téléphonique avec une collègue du Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP). Elle m’apprend la nouvelle organisation mise en place pendant l’épidémie : désormais, la continuité de service sera assurée à tour de rôle par une seule Conseillère. Je peux l’écrire au féminin : je suis le seul homme du service.

Ensuite, je mets de la musique – j’ai ma play-list pop-rock-blues – et attaque le travail « personnel ». CB (qui, en plus d’être ma compagne, est ma correctrice de premier niveau) m’a proposé des corrections sur une nouvelle dont le thème est : « tout tenter ». J’envoie ensuite le texte corrigé à notre amie DN, qui est ma seconde correctrice. Elle est confinée depuis quelques jours déjà : elle a attrapé le virus et nous la contactons régulièrement pour prendre de ses nouvelles.

Je continue à travailler sur d’autres textes jusqu’au retour du travail de CB. Nous sortons marcher une heure autour du village. Il fait beau et froid, venteux. Au retour, je lis mes courriels : ma nouvelle «  Casting », sur le thème des violences faites aux femmes, a été acceptée par les Éditions… du Pangolin !

Photographie : Le bureau d’où j’écris cette chronique est situé dans notre séjour. Il tourne le dos à celui de CB.

1er jour de confinement – lundi 16 mars

Au lendemain d’un superbe week-end en amoureux en Allemagne, le beau temps perdure et je me rends à la prison à vélo. J’y suis Conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP).

Nous ne nous demandons pas longtemps comment va être gérée l’épidémie de coronavirus : les premières directives nationales nous parviennent dans le courant de la matinée. Je fais partie des personnes identifiées comme fragiles face au virus, je dois quitter l’établissement et rentrer chez moi pour une durée inconnue.

Cela me met un peu mal à l’aise : j’ai l’impression de déserter alors que nous sommes débordés par le travail – comme toutes les structures, publiques ou associatives, qui travaillent dans le social. Je range mon bureau, fais des adieux embarrassés à mes collègues qui me rassurent : elles préfèrent me savoir à l’abri.

Quand CB, ma compagne, rentre en fin de journée, nous discutons de la situation. Elle travaille à l’hôpital de Colmar où la situation est grave : la région est considérée comme l’un des deux principaux « clusters » (foyers d’infection) en France avec l’Oise. CB va continuer à aller travailler, je me demande si elle ne va pas me contaminer. J’essaie de rester positif en me disant que je vais pouvoir profiter de cette période pour écrire des nouvelles et progresser dans mes projets de romans.

Photographie : L’affiche que nous avons collée sur notre muret en hommage à Higelin n’a pas supporté l’hiver.


Tous les textes et photos de cette chronique sont de Sarcignan, sauf mention contraire pour quelques photos, en général de ses proches, CB ou S. Tous droits réservés, bien sûr ! Vous pouvez contacter Sarcignan via notre formulaire de contact.


Pandémie 2020, vies humaines
revue en ligne

par nos auteurs, photographes et nos invités

17 réponses sur « Foyer de contagion »

🤔Je vais faire tout pareil ! Mince, j’ai 16 jours de retard, ça commence mal, je crois !!!
Merci Xavier, mais va falloir te faire une raison, l’illettrisme, c’est pas ton affaire, désolée😅
Vivement, le jour J du poisson😉

Sarcignan bonjour,
j’ai tout lu, j’ai apprécié, je suis maintenant abonné… donc…
j’attends la suite !
Nous avons des points communs comme le bien-être de la planète par exemple, et… la photographie évidemment. à bientôt alors… Jeanpierra

Oh! là là ! Onze jours, sans passer lire ton journal !
Suis trop occupée à confiner!
Toujours effarée pas la multitude d’ouvrages que tu entreprends en même temps, c’est un travail cérébral énorme.
Bon, j’ai voté pour tes nouvelles « Au temps pour moi » et « L’air du large » que j’ai bien appréciées +++
J’adore les photos qui agrémentent ton blog, merci pour celle de C. en mode «j’aime le blanc ».
Allez! continue!!!!

Mais que si!
Tu t’es lâché le 28ème jour, tu en avais besoin et ça aura fait du bien à d’autres.
Les points sur certains i, quand c’est bien dit… c’est bien!
Je ris (on va pas perdre l’humour tout de même !) mais, tous ceux qui ne te connaissent pas, pourraient te trouver bien vénal à tout le temps parler de ta CB 😀

Xavier, de mon côté ce confinement a également un effet positif sur ma ligne, ceci sans autre effort de régime qu’une vie régulière. J’ai presque retrouvé mon état normal perdu fin 2018 début 2019.

Respect Xavier, le boulodrome est super bien nettoyé … j’apporte cacahuètes & cochonnet ?
Merci de mettre les “pendules à l’heure” (cf) le 1er mai et ce cher Gauguin romancé !! (Je contribue à Wiki, 20€ à Noël !)
Quant à tes revendications, ben j’adhère bien évidement, une certaine justice, quoi !

J’ai adoré vous lire au jour le jour. Mon préféré : le 1er mai. Un journal qui respire la vie à plein nez ! Et sans masque.

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