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/ Numéro hors-série "Pandémie, vies humaines" Le temps du confinement

Les hommes à leurs fenêtres

Les hommes à leurs fenêtres

Les hommes à leurs fenêtres regardent au loin la mer
de prés aux herbes folles
privés de cabotage les marins dans leur tête
scrutent et scrutent encore
le ciel quand les étoiles leur montrent le chemin
— toujours là, les étoiles
mais où est le chemin ?
L’horizon est bancal depuis quelque temps.

Les hommes à leurs fenêtres envient
pour une fois
les vaches dans le pré, leur regard dit bovin
envient leurs grosses têtes et leurs flancs élargis
et leurs courses soudaines
— parfois, leur font des signes
elles croient que c’est le vent
qui agite la branche d’un arbre nommé rêve

Une tôle sur le toit de la grange voisine
a joué à saute-mouton avec le talus
un lapin qui passait par-là
a fait
un bond
regarde bien : dehors, la vie continue
la vie des petites bêtes

ne quitte pas ta fenêtre

Ève Roland



Ève Roland par Ève Roland

« J’ai longtemps vécu et écrit à Paris, avec de fréquents séjours en Normandie. Aujourd’hui, c’est là que je vis. L’écriture a dû s’adapter, pendant des années elle s’est glissée dans cet écart, ces allées et venues entre ville et campagne, ces longues plages de temps offertes par les voyages en train. En ce moment, pas de train. Mais mon grenier a deux fenêtres pour les voyages immobiles. »

Ève pilote l’atelier
“Alice et les mots

2 réponses sur « Les hommes à leurs fenêtres »

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