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/ Numéro hors-série "Pandémie, vies humaines" Après, se réinventer

Lymphocyte

par Sarcignan

Nous continuons ici la publication
du journal de Sarcignan, qui est toujours confiné !
Il a tenu un premier journal du 16 mars au 11 mai, durant le confinement officiel
 : Foyer de contagion.

Lundi 1er juin 2020 : (se) réinventer, ou comment être au monde après le confinement

Les activités reprennent peu à peu, les « bonnes nouvelles » des mesures de déconfinement (élargissement des libertés de circulation, de rassemblement, de consommation) font le contrepoint des « mauvaises nouvelles » de la croissance économique mondiale (faillites des industries basées sur la consommation de ressources fossiles) et locale (petits artisans et commerçants).

Le lundi 25 mai, soit quinze jours après la majorité de la population, j’ai fini par retourner sur mon lieu de travail. En tant que « personne vulnérable », il a fallu que je présente un certificat médical d’aptitude à la reprise (ce qui est habituel) et une attestation sur l’honneur disant que je reviens volontairement !

Ce fut une semaine compliquée :

Non par les 600 courriels et les cent courriers qui m’attendaient : le gros du travail ayant été fait – et bien fait – par mes collègues (je sais, j’ai beaucoup de chance et je les en remercie du fond du cœur !) Pour la plupart, il ne me restait plus qu’à en prendre connaissance et à les classer.

Non par les risques d’attraper le Covid-19, même si j’ai été stupéfait par le comportement général : déconfinés depuis 15 jours déjà, beaucoup ont déjà commencé à se relâcher en terme de protections individuelles et de distanciation. Ce qui fait que l’on croise dans le même couloir des masques qui rasent les murs et des groupes qui postillonnent joyeusement en obstruant le passage. Très vite, je me suis demandé : À quoi bon me protéger ?

Non par le sentiment que je craignais – à raison – de développer : une certaine misanthropie. Ces grappes agglutinées dans les supermarchés, ces conducteurs qui se croient seuls sur les routes. Mais aussi ces journalistes qui pensent faire leur métier en interviewant des quidams dans la rue, ces politiciens dont les objectifs sont tellement détachés de la réalité d’aujourd’hui et, ce qui est pire, ne s’intéressent pas à celle de demain… Les gens me déçoivent et je me dis parfois que ces pandémies ne sont que des poussées de fièvre d’une planète malade de notre présence.

Ce fut une première semaine de (ré)inventions, plus ou moins volontaires :

1 – La mère de CB est arrivée au bout de son parcours : la médecine ne peut plus rien pour elle si ce n’est de mettre en place les meilleures conditions possibles pour le temps qui lui reste. Elle va donc rentrer chez elle pour ne pas mourir en milieu hospitalier, impersonnel. Ses enfants et petits-enfants cheminent, ensemble autant qu’individuellement, pour l’accompagner et s’accompagner.

2 – Ma fille S, qui était partie suivre des études dans une capitale étrangère, se retrouve bien malgré elle coincée depuis deux mois dans la maison familiale, à la sortie d’un village alsacien de 2 000 habitants. C’est cruel ! Elle a saisi l’occasion de nous faire part d’un projet de vie qu’elle mûrissait depuis longtemps et qui nous a mis sur le cul. Championne de la (ré)invention, elle nous emmènera loin de notre zone de confort !

3 – Mon administration a enfin fait connaître la liste des postes ouverts à mutation pour ma catégorie professionnelle. Elle n’a laissé que quelques jours (3 dans certains cas !) pour les réponses des candidats. Je me suis positionné sur 5 postes dont je trouve les missions passionnantes. Ils sont à Mulhouse, Lorient, La Rochelle, Rennes et Rouen. Comme tous les 4 à 7 ans, je suis donc prêt pour me (ré)inventer professionnellement.

Pour le reste :

Nous avons retrouvé avec énormément de plaisir certains de nos plus cher-es ami-es pour partager repas, parties de cartes ou de pétanque et songer aux futures sorties culturelles : le musée de la Piscine va (ré)ouvrir, Marcel Gromaire nous y attend !

Je continue à écrire, beaucoup plus lentement. Une de mes nouvelles, « Dans les limbes », vient d’être publiée dans le très joli recueil « ¿ Réversible / Irréversible ? » de l’association Bienvenus sur Mars (www.bienvenus-sur-mars.fr/concours-de-nouvelles/)

Photographie : Mulhouse, septembre 2019.

Mardi 12 mai 2020 : (se) réinventer, ou comment Lymphocyte prend le relais de la Chronique du Foyer (de contamination)

Alors que les populations de France et d’Europe s’ébrouent dans le désordre pour sortir enfin de leur ankylose, j’en suis à mon 58e jour de confinement et ne devrais en sortir que le 25 mai !

Ce n’est pas une raison pour continuer à vous narrer minute par minute le déroulement de mes journées monotones, n’est-ce pas ? Vous avez maintenant beaucoup moins de temps. Pourtant… nous avons beaucoup à faire, à commencer par (se) réinventer.

(Se) réinventer… Le mot est du président Macron, lors de son discours du 13 avril. Il est bien trouvé, même si je ne veux surtout pas savoir ce qu’il entendait réellement par là : nous ne sommes pas du même monde et le sien dévore le mien.

(Se) réinventer sera, pour moi, de faire évoluer mon mode de vie, mes centres d’intérêt, mes priorités, et de le faire savoir. J’espère que l’impact sur mon environnement proche sera suffisant pour créer une dynamique locale. J’espère surtout que nous serons nombreux à mettre — ou au moins à essayer de mettre — nos actes en accord avec nos valeurs.

Quand je me serai suffisamment réinventé, je serai soit :

— un autre de ces misanthropes humanistes, détestant la race humaine et aimant chacun des individus qui la compose, haïssant la bêtise collective qui engendre injustice, discrimination, pandémie, guerre, destruction de l’environnement mais éberlué chaque jour un peu plus par la créativité artistique dont nous sommes capables ;

— un acteur de ma vie ET de nos vies, débarrassé de la plupart des chaînes que lui ont accroché la société de consommation, les systèmes de gouvernance corrompus, les rigidités sociales et culturelles.

Cela peut se faire par de tous petits pas. J’ai déjà commencé pour ma part à :

— acheter vraiment local, si possible bio et payer le juste prix ;

— refuser la dictature des marques, celle des publicitaires, celle du moindre prix ;

— ne plus voter pour les élus sortants, afin de ralentir le clientélisme ;

— contribuer financièrement, même très modestement, aux journaux et sites d’information indépendants des grands groupes ;

— aller au travail à vélo ou en covoiturage ;

— ne pas regarder les émissions de télévision et les vidéos dites « virales » ;

— ne plus m’intéresser aux compétitions sportives de niveau national et international ;

— utiliser autant que possible les logiciels « libres »

— réduire ma production de déchets.

De toutes petites choses, donc, mais dont la multiplication aurait des impacts formidables :

— mettre fin à la société de consommation ;

— changer les systèmes de gouvernance des entreprises et des collectivités ;

— remplacer la « valeur travail », appliquée de façon inéquitable aux individus, par le partage des tâches dans la gestion solidaire des besoins collectifs ;

— en finir avec la paupérisation financière, morale, sanitaire et intellectuelle des populations ;

— inaugurer enfin, avec cent ans de retard, l’ère de la civilisation des loisirs et de la culture.

Photographie : A près 58 jours de confinement, le Lymphocyte masqué envisage de (se) réinventer.


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Pandémie 2020, vies humaines
revue en ligne

par nos auteurs, photographes et nos invités

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