Catégories
Appels à contributions N°9

Appel à contributions Pourtant n°9, hiver 2024

Le thème de Pourtant n°9 est « Trouble ». En voici 20 survenues, avant-coureuses de bouleversements.

Nous attendons vos poèmes, vos nouvelles de fiction, vos séries photographiques, vos photographies, vos phototextes à 2 ou 4 mains.

Nos modalités de participation et d’envoi ont évolué ! Lisez-les ici.

Dates limites :
15 septembre 2024 pour les textes, 13 octobre 2024 pour les photos

À l’intention des photographes

Propositions à des
écritures photographiques

Le trouble peut être le caillou et l’onde qui se propage sur le lac, l’éclair et la fissure, le microbe et la fièvre, un dérèglement de l’ordre, ordre politique, étatique, climatique, émotionnel, psychique, physiologique, sociétal, amoureux, économique, monétaire, régional, alimentaire, langagier, le bégaiement…

Le trouble n’est pas une photographie trouble, mais une situation qui l’évoque. Derrière ce trouble, apparemment léger, il y a quelque chose qui fait peur, ou rend timide, qu’on ne distingue pas encore. Le trouble, on ne sait pas ce qu’il y a dessous, c’est le début de quelque chose.

Œuvres photographiques attendues

Plus aucune parole ne vint troubler la nuit. Il y eut simplement le bruit des pieds d’une chaise que l’on recule, celui d’une porte qui s’ouvre puis se referme, celui encore d’un moteur qui se met en marche et la litanie des klaxons que récite un Caire qui jamais ne s’endort. Toi non plus, cette nuit-là.

Ce que je sais de toi, Éric Chacour, éd. Philippe Rey, 2023

Pour Descartes, dans l’ordre de la connaissance et dans celui de la conduite de la vie, il vaut mieux faire l’épreuve des troubles, accepter d’en être traversé plutôt que les repousser ou les dénier. Si la recherche de la vérité est le fruit d’une liberté qui remet en cause jusqu’au trouble un savoir dogmatique, l’agitation passionnelle trouve dans la vraie générosité ou l’usage que chacun fait des droits que lui donne son libre-arbitre ou la libre disposition de ses volontés, son principal et meilleur remède.

Comprendre le fonctionnement du monde et de l’homme, n’est-ce pas un garde-fou contre les troubles qui les affectent, du moins ceux dont la cause sont l’ignorance et les préjugés?

Descartes : le clair-obscur des troubles, Odette Barbero, dans revue Sens dessous  n°27

Et comme par défi je ne bougeais pas, elle me frappa de nouveau, cette fois-ci plus fort, d’un coup cinglant et cuisant. Aussitôt je bondis, furieux, pour lui arracher la baguette ; elle recula, mais je lui pris le bras. Involontairement, dans cette lutte dont la baguette était l’enjeu, nos corps demi-nus se rapprochèrent l’un de l’autre ; lorsque, ayant saisi son bras, je lui tordis l’articulation pour l’obliger à laisser tomber la branche et qu’en cédant elle se courba en arrière, on entendit un craquement : la bretelle de son maillot s’était déchirée ; la partie gauche s’ouvrit, mettant à nu son corps et, ferme et rose, le bouton de son sein pointa vers moi. Sans le vouloir, mon regard s’y porta, rien qu’une seconde, mais j’en fus troublé : tremblant et gêné, j’abandonnai sa main prisonnière. Elle se tourna en rougissant, pour réparer tant bien que mal avec une épingle à cheveux la bretelle déchirée. J’étais là debout, ne sachant que dire : elle aussi restait muette. Et de ce moment naquit entre nous deux une inquiétude sourde et étouffée.

La confusion des sentiments, Stefan Zweig
Thomas Bresson, Manifestation du mouvement des gilets jaunes à Andelnans, le 24 novembre 2018
Source : https://flic.kr/p/2c3kckY — Licence CC BY 2.0

Chaque samedi, depuis le 17 novembre, les mêmes scènes de violence se répètent, peu ou prou. Au lendemain de l’Acte XI des Gilets jaunes et malgré la désescalade enregistrée, un très approximatif bilan évalue à plus de 3000 le nombre de personnes blessées, dont 100 à plus de 300 l’auraient été grièvement – plaies à la tête, yeux crevés, mains arrachées, etc. -, tandis que les autorités dénoncent des « foules haineuses » ou de « factieux » et des tentatives de lynchage de policiers.

Violences: les gilets jaunes entrent dans l’histoire des conflits sociaux en France, Michel Pigenet, dans Huffpost, 31 janvier 2019, lien vers la source

Certains disaient qu’il fallait avancer, d’autres que non. C’était le flou total. Il y avait un attroupement en forme de demi-lune en face du cordon. Une fois qu’on a été tous amassés, les CRS ont commencé à lancer des grenades lacrymogènes. Personne n’a entendu de sommations. Il y avait même des femmes assises devant les barrières qui chantaient. On avait rejoint d’autres collègues, on s’était dit bonjour mais on n’avait pas eu le temps de s’organiser. Des gens partout. Du gaz partout. On se demandait tous pourquoi ils gazaient. C’était la première fois que je voyais les petites galettes de lacrymogène. Mes collègues étaient irrités, ils pleuraient, ils toussaient. L’ambiance était assez ahurissante, et on était sur la place depuis à peine vingt minutes.

Sophie Divry, Cinq mains coupées, éd. du Seuil, 2020

La terre ici montre la corde.
Mais qu’il pleuve un seul jour, on devine à son humidité un trouble dont on sait qu’elle reviendra neuve.
La mort, pour un instant, a cet air de fraîcheur de la fleur perce-neige…

L’Effraie et autres poésies, dans La semaison, Philippe Jaccottet

Il est cinq heures d’un après-midi de septembre tiède et gris.
Le tocsin sonne.
On arrête de jouer. 
Robe noire fermée jusqu’au cou, les bras levés, des mains blanches osseuses, le regard fixe, la vieille femme crie sur la place du village que c’est la mobilisation générale.
[…]
Je n’ai pas goûté. J’ai faim.
Le petit rouquin se traîne à quatre pattes dans la poussière en faisant des bulles de salive avec ses lèvres. Il reçoit un coup de pied, tombe en avant sur le ventre et éclate de rire. C’est sa mère qui lui a donné le coup de pied. Elle le relève en le tirant brutalement par le bras. Elle époussette du bout des doigts son tablier d’écolier noir. Elle lui donne une gifle. Il pleure.
— On ne tape pas les petits aujourd’hui, dit un vieux, c’est la guerre.
Je ne sais pas ce que c’est que la mobilisation générale, mais je suis bien content que ce soit la guerre.
J’ai onze ans.

C’est la guerre, Louis Calaferte

Tout se mélange. Les architectures, les rues, les immeubles, les langues, les visages. Je ne sais plus pourquoi je suis ici, pourquoi je marche le long de la mer dans cette ville que je ne connais pas. La joie me quitte comme elle est venue, d’un coup, brusquement, sans crier gare.

Pauline Delabroy-Allard, Ça raconte Sarah, éd. de Minuit, 2018

Axel est un enfant de 2 ans et demi qui ne parle pas mais qui communique par des gestes, par des mimiques ou des « phrases » sans mot dont la prosodie est très expressive. Il a souvent la tétine dans la bouche mais il la pose volontiers lorsqu’on le lui demande.

Ce matin, Axel découvre des ombres mouvantes, sur le mur, en face de la fenêtre donnant sur la rue… ce sont les ombres des bus et des camions qui passent dans la rue. Il est d’abord très effrayé puis de plus en plus intrigué par le phénomène. Le matin suivant, dès son arrivée, il vient prendre la main d’une accueillante et lui fait signe de s’asseoir sur le banc situé à côté du mur des ombres. Mais les ombres s’étaient absentées par cette matinée pluvieuse. Il la questionne avec insistance… Après discussion avec la mère, l’accueillante comprend qu’il cherche les ombres vues la veille.

Plus tard dans la matinée, le soleil revient, les ombres réapparaissent et Axel retourne aussitôt à ses observations… Il n’a plus peur et il cherche visiblement à comprendre ce qui se passe.

L’enfant qui avait peur des ombres, vignette clinique, Annie Genet
Photographie Frédéric Martin

Une certaine araignée chaque matin fait dans la nature et en tout lieu qui s’y prête une toile admirablement régulière. Après ingestion d’un extrait de champignon hallucinogène — que par ruse on lui a fait prendre — elle commence une toile dont petit à petit les spires ne se suivent plus et partent de travers, et d’autant plus que la quantité absorbée est plus considérable : une toile de folle.

Des parties s’affaissent, s’enroulent, Zygiella notata, c’est son nom, ne s’arrête pas avant d’avoir obtenu la dimension habituelle mais, devenue incapable de suivre son plan, un plan qui pourtant ne date pas d’hier, mais de dizaines ou de centaines de siècles, passant intact et parfait de mère en fille, elle commet des erreurs, des redoublements, ailleurs laisse des trous, elle, si soigneuse, et passe outre. Les dernières spires sont un balbutiement, un vertige, c’est comme si elle avait eu un éblouissement. Œuvre en ruine, ratée, humaine.

Araignée si proche de toi maintenant. Nul sur la drogue n’a plus justement, plus directement exprimé le trouble des enchevêtrements. En frère, regarde ses ruines en fil. Mais qu’a-t-elle donc vu, Zygiella ?

Poteaux d’angle, Henri Michaux

Elle leva les yeux. « Il pleut », murmura-t-elle. Et sa voix ressemblait à la sienne lorsqu’il lui avait dit : « J’adore ce petit garçon ». Eh bien, pourquoi ne s’abandonneraient-ils pas, ne céderaient-ils pas ? Ils verraient bien ce qu’il se passerait ! Mais non. Malgré le flou et le trouble dans lesquels ils se trouvaient, ils savaient que leur précieuse amitié était en danger. C’était elle — et non eux — qui serait détruite, et il n’était pas question d’y prendre part.

Psychologie, Katherine Mansfield,
dans Les meilleures nouvelles de Katherine Mansfield, éd. Rue Saint-Ambroise

J’ai été successivement muet, bègue, puis embarrassé, j’étais démuni de tout, noyé dans le silence, proche de défaillir d’asphyxie. Je n’aspirais qu’à une chose : faire jaillir par la parole ce qui m’étouffait, et je n’y arrivais pas. La langue se refusait à moi, ma parole restait engluée et je bredouillais. J’étais dans la situation de l’homme enrhumé : le nez tout englué de glaires qui empêchent le passage du souffle, il respire avec des gargouillements affreux et croit que ses poumons n’arriveront plus jamais à se déployer.

Prendre la parole, Alexis Jenni, éd. du Sonneur

Pantelant, largement déployé comme un papillon enivré de soleil, le paysage titube vers elle, Gudrun porte la main à son front, ce n’est sans doute rien, juste l’un de ces étourdissement qui la frappent parfois, encore sa tension artérielle trop basse, vraisemblablement. Elle provoque souvent ces troubles de la vue, quand les agglomérations humaines où elle regarde lui paraissent singulièrement lointaines, installations de poupées, comme si sa main d’enfant espiègle y avait fait des trous, dans ces paysages de papier de soie, comme si tout ça se passait au fond sans la moindre corrélation avec elle, dans un autre univers.

Enfants des morts, Elfriede Jelinek

cette incompréhension majeure était faite de deux frappes : d’un côté, l’énigme de mon échouage dans un tel lieu ; de l’autre, la sensation d’y être de toute éternité comme le sable ou les crabes ; ce trouble d’en être et de ne pas en être, d’être menacé du dehors et saisi du dedans, restera au fondement de ma dramatique existence dans cette île sans espoir

L’empreinte à Crusoé, Patrick Chamoiseau

C’est alors que Pamela fait son entrée. Loïc remarque à peine Subutex, à son bras. Tout avance en même temps, c’est un sacré chambardement. Et les seins et le cul et les hanches et les chevilles et les cheveux et les yeux et même ses épaules sont bandantes – on ne sait plus comment la regarder, il n’y a rien en elle qui ne soit pas sexuellement bouleversant. Xavier le surveille, sourire en coin. Loïc garde contenance. Il est heureux que le bar soit plongé dans la pénombre. Il a les joues en feu.
Elle porte un pull noir fluide assez décolleté pour exposer ses clavicules, qui sont saillantes et qui le troublent. Elle est possiblement la plus belle femme qu’il ait jamais vue de près.

Vernon Subutex, tome 2, Virginie Despentes

Si Joseph avait été là elle lui aurait dit qu’elle avait couché avec le fils Agosti. Mais Joseph n’était pas là et il n’y avait personne à qui le dire. Plusieurs fois de suite, Suzanne récapitula les gestes de Jean Agosti, minutieusement, et chaque fois ils faisaient naître en elle un même trouble rassurant. Elle se sentait sereine, d’une intelligence nouvelle.

Un Barrage contre le Pacifique, Marguerite Duras

J’ai connu à Kôbe l’expérience dont est sorti ce livre et que je ne peux définir autrement que comme un étrange «trouble de mémoire» — eine Erinnerungsstörung, selon le mot de Freud —, l’impression très étrange qu’un souvenir oublié vient soudain frapper à la vitre de la conscience et fait se confondre le rêve et la réalité.

Sarinagara, Philippe Forest

En apparence, aucun changement dans le fonctionnement de ton existence : les rouages poursuivaient leur imperturbable rotation, ils produisaient encore le tic-tac familier qui endormait la vigilance de tes proches. Mais la mécanique de ce système bien rodé, simple et ordonné, s’était tout bonnement mise à produire du chaos. À défaut d’en avoir pleinement conscience, tu en avais tout au moins l’intuition. Tu savais d’instinct qu’il fallait taire les doutes dont tu étais la proie et le trouble qui les avait fait naître.

Ce que je sais de toi, Éric Chacour, éd. Philippe Rey, 2023

Modalités de participation

Œuvres attendues

Les œuvres proposées appartiendront à UNE SEULE de ces catégories :

Nouvelle

  • Fiction, récit court
    1 nouvelle, ou 2 au maximum — Titrage obligatoire
    Le comité de lecture ne privilégie pas la forme canonique « à la française » de la nouvelle dite à chute.

Longueur :
2 feuillets au minimum (les textes plus courts seront rejetés) et 31 feuillets au maximum
1 feuillet = 1500 signes espaces compris

Poésie

  • Compositions poétiques (*)
    1 composition au maximum — Titrage
  • Poèmes seuls
    1 à 3 poèmes, chacun comptant œuvre — Titrage

Il est possible de proposer soit une composition, soit des poèmes seuls.

(*) Composition : ensemble de poèmes reliés par un propos, une idée, une démarche formelle.

Photographie

Une note d’intention donnera la démarche de l’auteur photographe sur ses propositions.
Il la nommera : Note d’intention.docx ou pdf

  • Séries photographiques (*)
    1 série, ou 2 au maximum.
    Les séries seront privilégiées aux images seules par le comité photographique.
  • Images seules
    3 images seules au maximum, chacune comptant œuvre.

Il est possible de proposer des séries, des images seules.

(*) Série : ensemble cohérent d’images, avec une écriture marquée (déf. Frédéric Martin), une esthétique ou une approche formelle affirmées.

Phototexte

Œuvre à 2 ou 4 mains mêlant photographie, poésie, récit, fiction.

1, ou 2 œuvres au maximum.

On nous a beaucoup posé la question : Le phototexte peut être constituée d’un texte ou de fragments de textes (de fiction, poétiques) et d’une ou plusieurs photographies.

Une photographie avec une nouvelle ou un poème sont considérés comme un phototexte.

Phototextes publiés dans Pourtant :

  • L’île, Léna Maria et Chloé Baudry, Pourtant n°4
  • FAKE FAKE FAKE (Enfumage), Aurélien Delafond et Stephane Barthez, Pourtant n°5

Sophie Calle a développé une pratique immédiatement reconnaissable, alliant le texte à la photographie pour nourrir une narration qui lui est propre.

La Nouvelle Chambre Claire, galerie

Agenda

Date limite envoi textes : 15 septembre 2024, 23h59

Date limite envoi photographies : 15 octobre 2024, 23h59

Sortie : hiver 2024

Auteurs et photographes sélectionnés

Les autrices, auteurs et photographes dont les œuvres sélectionnées recevront un exemplaire de ce numéro.

Une rencontre/interview aura lieu avec l’une ou l’un d’eux sur son travail et son parcours. Elle sera publiée dans ce numéro en rubrique « Coulisses ».

En rubrique « Coulisses » des numéros précédents

Inscription obligatoire et envoi anonymisé

Depuis le n°8, notre fameuse procédure d’envoi connue pour sa redoutable complexité, particulièrement pour les poètes, change. Elle devient un peu plus simple… Tout en demeurant obligatoire via HelloAsso. Cela nous fait gagner du temps et de l’énergie. Inscription et procédure sont ici :

Remerciements

Merci aux médias suivants qui relaient cet appel à textes et photographies auprès de leurs lecteurs :