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Appel à contributions Pourtant n°8, été 2024

Le thème de Pourtant n°8 est « Là ». En voici 21 croisements, chacun au carrefour d’un lieu et d’un temps, où se tiennent des rencontres, des histoires, des éclairs, des êtres.

Nous attendons vos poèmes, vos nouvelles de fiction, vos séries photographiques, vos photographies, vos phototextes à 2 ou 4 mains.

Nos modalités de participation et d’envoi ont beaucoup évolué ! Lisez-les là.

Dates limites :
31 mars 2024 pour les textes,
30 avril 2024pour les photos.

Là d’où je viens

le passé

À première vue ce sont les deux mêmes fauteuils.
Même à seconde vue.
Tous les fauteuils n’ont pas de coussins mais ces deux-là si, dos et sièges (…)
Adossés au mur d’une petite pièce, le bureau.
Au centre d’une petite maison, celle d’Asker.
La troisième en partant du bas de la rue.
Non, pas du côté gauche, du côté droit, les numéros pairs.
La petite noire sous le lilas.
C’est là.

Christian Gailly, Dring, Les éditions de minuit, 1991

Nous sommes là tous les deux comme devant la mer sous l’avance saline des souvenirs.

Jules Supervielle, Débarcadères, 1922
Là, photographie par Danièle Pétrès
Là — Danièle Pétrès

Pourtant, les parents étaient bien là, absolument là, définitivement avec. 
Je n’ai jamais douté de leur présence, ni de la séparation afférente, ni de la solitude exigée. Et j’ai mis un certain temps à apprendre à admirer, à inventer l’admiration plutôt. 
(…) La voie de l’admiration a suivi le chemin d’émergence des irremplaçables, de ceux qui tentaient l’aventure de l’irremplaçabilité, qui allaient au devant de leur sujet comme on va au devant du monde

Les Irremplaçables, Cynthia Fleury, éd. Gallimard, 2015

Elle les a toutes dessinées. Toutes les photos qui sont dans l’album. Elle pense que c’est chez elle. Que c’est de là qu’elle vient.

— Et toi, qu’est-ce que tu penses ? j’ai demandé.

— Je pense qu’elle doit venir de là. Sûrement. Mais là, c’est où, hein ?

Une part de ciel, Claudie Gallay, Actes Sud, 2013 
La chambre, Anne-Lise Maurice

Là où je suis

ici, maintenant

Là d’où je t’appelle
 

Raymond Carver, titre d’une nouvelle dans Les vitamines du bonheur, 2003, éd. Stock, page 146 — Titre originel : Where I’m Calling From

Des fois il est tard le silence est quand même là après le travail alors

on comprend soudain combien c’est dérisoire et presque rien d’aimer

ça va passer quelqu’un s’en va comme toujours en marge

le vrai bonheur on sait pas trop quoi vraiment

un geste un visage on n’a pas le temps même

quand c’est présent moment de désespoir anodin petit détail

vif qu’on a vu feuillage dans un jardin parisien le travail c’est pas fini

peut-être pas bien fait ça continue le vrai bonheur est là.

James Sacré, Figures qui bougent un peu, 1978

— Bon, et qu’est-ce que tu vas faire, alors ? Passer les trente prochaines années de ton existence à te dire que la vie était ailleurs ?
— Je sais pas…
— Eh bien moi, je vais te dire, mon vieux : ta vie, elle est “là”, pas ailleurs ! Et si tu continues à cracher dans la soupe tu vas finir par te retrouver sans rien. Et crois-moi, ce que tu auras perdu, tu ne cesseras pas de le regretter, tu voudras le récupérer, par tous les moyens. C’est comme ça que ça marche.

Douglas Kennedy, L’homme qui voulait vivre sa vie

Là où je vais

là-bas, le futur

« là » (plus près) me menace / « là-bas » (plus loin) me sauve

François Jullien

Tu soulèves la pierre
où se tenait le poème.

Une première étoile se met à briller.

Bientôt le ciel
entier se déchire (..)

Tu vois l’arbre
et la feuille et le bourgeon
toutes choses que jamais encore
tu n’avais vues.

Hélène Dorion, Pierres invisibles, éd. Tarabuste, 1998
photographie par Anne-Lise Maurice
Le choix, Anne-Lise Maurice

Finalement il ne prit aucun des journaux qu’il avait feuilletés, aucun magazine, tout cela ne faisait que réamorcer un sentiment de réalité par lequel il n’avait aucune envie d’être rattrapé. Il prit juste la brochure immobilière de la région, une publication gratuite avec des quantités de photos de maisons et en dessous une petite description et le prix qu’on en demandait, il aimait perdre son regard là-dedans, s’imaginer aller habiter là ou là, ce que serait sa vie. 

Serge Joncour, L’Amour sans le faire

« Je ne remontai pas dans ma chambre. Je descendis le perron, je traversai la cour de la ferme où le paon s’était endormi, et je pris ma course sous la lune. Je savais où j’allais. Nulle main de cauchemar ne pouvait plus m’atteindre. Délivrée, je laissai l’air chaud glisser sur ma joue encore pourpre (…) J’avais laissé la grille ouverte. »

Marie-Laure de Noailles, La chambre des écureuils, 1955

Demain matin, lorsque la femme avec qui je vis depuis six ans sera partie au travail, je quitterai discrètement ma maison pour aller chez Victor. Là, pendant une durée indéterminée, je dormirai par terre dans la pièce minuscule qu’il a aimablement mise à ma disposition.

(…)

Peut-être devrais-je laisser un mot pour le lui dire. «Chère Susan, je ne reviendrai pas.» Je n’ai pas encore décidé des détails. Pourquoi ? Parce que les mots sont des actes et qu’ils déclenchent des événements.

Hanish Kureshi, Intimité, éd. 10/18, 1998

« Elle disait aussi que la mort, on l’imaginait dans des profondeurs, inaccessible et lointaine mais que, non, elle était là, parmi nous. La mort est parmi nous, elle martelait. Aucun fleuve n’est à traverser, poursuivait Laure, aucun ciel à rejoindre, aucun voyage, aucun au-delà. »

Anne Bourrel, L’invention de la neige

Là, pourtant

Lieux en jeu

On est là — Photo GBM

« Nous avons parlé
dans la voiture
les montagnes défilaient
derrière la vitre
(…)
 
la route était longue
tu étais là pour moi
juste pour m’accompagner »

Thomas Vinau, Le cœur pur du barbare

Là, regarde. Une porte minuscule est peinte. Encore plus petite est la serrure, évidemment. Qu’y a-t-il derrière ? On se prend à croire que la porte s’ouvre sur autre chose qu’une toile trouée.

Arthur Teboul, À l’endroit du tableau, Le déversoir, Poèmes minute, éd. Seghers, 2023

Je m’obstinais pourtant, sans trop savoir ce que j’attendais, sinon, peut-être le moment de retourner à Tipasa.

Albert Camus, Noces, suivi de l’été, Gallimard, 1959

– Non, elle se montre seulement après les heures d’ouverture. Ce sont surtout des Gentils Assistants de l’équipe de nuit qui la voient, mais je connais au moins un inspecteur de sécurité de Raleigh qui dit l’avoir vue, parce que j’ai pris un verre avec lui un jour au Sand Dollar. Il l’a vue, debout, là, pendant qu’il faisait son tour d’inspection, et il a d’abord cru que c’était une apparition en carton-pâte, jusqu’à ce qu’elle lève les mains vers lui comme ceci.

Mrs. Shoplaw a tendu les mains vers moi, paumes tournées vers le ciel, dans un geste de supplication.

« Il m’a dit qu’il avait eu l’impression que la température chutait de dix degrés. Une poche d’air froid, voilà ses propres mots. Et quand il s’est retourné pour regarder en arrière, elle avait disparu.  »

Stephen King, Joyland

La vie ne doit jamais rester en dehors de l’œuvre. Sur quoi écrit-on si on n’écrit pas sur le monde. Pourquoi sommes-nous là ?

Carlos Liscano, L’écrivain et l’autre

Modalités de participation

Œuvres attendues

Les œuvres proposées appartiendront à UNE SEULE des trois catégories :

  • soit à la nouvelle et/ou la poésie avec 5 œuvres maxi dont 1 ou 2 nouvelles et 1 ou 2 compositions ;
  • soit à la photographie avec 5 œuvres maxi dont 1 ou 2 séries ;
  • soit à la composition photographie / écriture poétique ou de fiction, c’est-à-dire le « phototexte », avec 2 œuvres maxi.

Une photographie avec une nouvelle ou un poème seront considérées comme un phototexte.

Nouvelle

  • Fiction, récit court
    1 nouvelle, ou 2 au maximum — Titrage obligatoire
    Le comité de lecture ne privilégie pas la forme canonique « à la française » de la nouvelle dite à chute.

Longueur : 2 feuillets au minimum et 31 feuillets au maximum — 1 feuillet = 1500 signes espaces compris

Poésie

  • Compositions poétiques (*)
    1, ou 2 compositions au maximum — Titrage
  • Poèmes seuls
    1, 2 ou 3 poèmes, chacun comptant œuvre — Titrage

Il est possible de proposer une ou deux compositions, ou des poèmes seuls, ou les deux.

(*) Composition : ensemble de poèmes reliés par un propos, une idée, une démarche formelle.

Photographie

  • Séries photographiques (*)
    1 série, ou 2 au maximum.
    Les séries seront privilégiées aux images seules par le comité photographique.
  • Images seules
    3 images seules au maximum, chacune comptant œuvre.

Il est possible de proposer une série, ou des images seules, ou les deux.

(*) Série : ensemble cohérent d’images, avec une écriture marquée (déf. Frédéric Martin), une esthétique ou une approche formelle affirmées.

Phototexte

  • Œuvre à 2 ou 4 mains mêlant photographie, poésie, récit, fiction
    1, ou 2 œuvres au maximum.
  • Phototextes publiés dans Pourtant :
    • L’île, Léna Maria et Chloé Baudry, Pourtant n°4
    • FAKE FAKE FAKE (Enfumage), Aurélien Delafond et Stephane Barthez, Pourtant n°5

Sophie Calle a développé une pratique immédiatement reconnaissable, alliant le texte à la photographie pour nourrir une narration qui lui est propre.

La Nouvelle Chambre Claire, galerie

Agenda

Date limite envoi textes : 31 mars 2024, 23h59

Date limite envoi photographies : 30 avril 2024, 23h59

Sélection par le comité de lecture à partir du 1er avril et par le comité photographique du 1er mai

Sortie : été 2024

Auteurs et photographes sélectionnés

Les autrices, auteurs et photographes dont les œuvres sélectionnées recevront un exemplaire de ce numéro.

Une rencontre/interview aura lieu avec l’une ou l’un d’eux sur son travail et son parcours. Elle sera publiée dans ce numéro en rubrique « Coulisses ».

En rubrique « Coulisses » des numéros précédents

Inscription obligatoire et envoi anonymisé

A partir de ce numéro, notre fameuse procédure d’envoi connue pour sa redoutable complexité, particulièrement pour les poètes, change. Elle devient un peu plus simple… Tout en demeurant obligatoire via HelloAsso. Cela nous fait gagner du temps et de l’énergie. Inscription et procédure sont ici :

Remerciements

Merci aux médias suivants qui relaient cet appel à textes et photographies auprès de leurs lecteurs :

11 réponses sur « Appel à contributions Pourtant n°8, été 2024 »

Bien sûr, la poésie a depuis longtemps abandonné les rimes. Quant aux règles, n’est-ce pas à chaque poète de les inventer à chaque poème ?

Bonjour,
J’ai bien lu les modalités mais il y a quelque chose qui m’échappe, désolée.
Est-ce qu’il est nécessaire d’envoyer plusieurs poèmes si l’on souhaite proposer de la poésie ? Est-ce que si l’on envoie un seul texte cela est défavorable ? Merci beaucoup

L’idéal est d’envoyer un super poème sur « Là »… ou bien une composition de plusieurs sur « Là ». Hâte de vous lire.

Bonjour,
Merci pour ce très bel appel à textes.
Concernant les compositions poétiques, est-ce qu’il y a une limite de feuillets ou de caractères à ne pas dépasser ?
Bien à vous

@Emmanuelle, nous n’avons pas fixé de limite en taille… la poésie étant généralement ramassée. Quant au nombre d’éléments de la composition non plus…

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