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Appels à contributions N°5

« Je mens », Pourtant n°5, fin 2022

Le thème de Pourtant n°5 est “Je mens” et c’est vrai. En voici 15 variations. Nous attendons autour d’elles vos poèmes, vos nouvelles de fiction, vos photographies, vos séries photographiques, vos phototextes à 2 ou 4 mains.

Dates limites : 31 juillet pour les textes, 31 août pour les photos

je mens #1

La photographie sait très bien mentir.

Cindy Sherman (Le Monde, 22/09/2020)

je mens #2

Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents, puis tenté, en vain, de se tuer lui-même. L’enquête a révélé qu’il n’était pas médecin comme il le prétendait, et, chose plus difficile encore à croire, qu’il n’était rien d’autre. Près d’être découvert, il a préféré supprimer ceux dont il ne pouvait supporter le regard. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Emmanuel Carrère, L’adversaire, éd. P.O.L., 2000

je mens #3

Comment le photoreporter Jonas Bendiksen a dupé le monde de la photo avec un faux reportage, France Culture, 1er novembre 2021

je mens #4

– On m’appelle Claus T. Est-ce mon nom ? Dès l’enfance, j’ai appris à mentir. Dans ce Centre de rééducation où je me remettais lentement d’une étrange maladie, on me mentait et je mentais déjà. J’ai menti encore quand j’ai franchi la frontière de mon pays natal. Puis j’ai menti dans mes livres. Bien des années plus tard, je franchis la frontière dans l’autre sens. Je veux retrouver mon frère, un frère qui n’existe peut-être pas. Mentirai-je une dernière fois ?

Agota Kristof, Le troisième mensonge, éd. du Seuil, 1991

je mens #5

Cela inquiétait ma mère, elle disait : arrête avec tes mensonges, elle disait mensonges à la place d’histoires, ça m’est resté.

Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges, roman, 2017, éd. Julliard

je mens #6

Extrait de Panique, film de Julien Duvivier avec Michel Simon et Viviane Romance d’après Les fiançailles de monsieur Hire, roman de Georges Simenon (courte citation)

je mens #7

Tout ce qu’on touchait était truqué, le sucre, les avions, les sandales, les confitures, les photos ; tout ce qu’on lisait, avalait, suçait, admirait, proclamait, réfutait, défendait, tout cela n’était que fantômes haineux, truquages et mascarades. Les traîtres eux-mêmes étaient faux. Le délire de mentir et de croire s’attrape comme la gale.

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932, éd. Denoël & Steele

je mens #8
ou le paradoxe du menteur sauce Cocteau

Vous devez mentir ! Vous devez mentir tous, mentir sans cesse et aimer mentir et croire que vous ne mentez pas. Vous devez vous mentir à vous même. Tout est là ! Moi, je ne me mens pas à moi-même. Moi j’ai la franchise de m’avouer que je mens, que je suis un menteur.

Jean Cocteau, Le menteur, monologue écrit pour Jean Marais
Lien sur le texte complet

je mens #9

Je mandoline, je mens nuit, je mens vase et je mens Lise, je mens fonce, je mens dit, je 24 heures du Mans.

Frédéric Beigbeder, L’Amour dure trois je mens, roman, 2001, éd. Gallimard

je mens #10

La nuit je mens
Je prends des trains à travers la plaine
La nuit je mens
Je m'en lave les mains
J'ai dans les bottes des montagnes de questions
Où subsiste encore ton écho
Où subsiste encore ton écho
Alain Bashung – La nuit je mens (Live officiel à l’Olympia 2008)

je mens #11

Je voudrais savoir pourquoi on fait des photos et pourquoi elles nous font croire que nous n’avons pas mal au ventre et que nous dormons bien.

Laurent Mauvignier, Des hommes, roman, 2009, éd. de Minuit

je mens #12

La vérité, c’est une agonie qui n’en finit pas. La vérité de ce monde c’est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir.

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932, éd. Denoël & Steele

je mens #13

Celui qui dit « Je mens » ment précisément au moment où il le dit, comme à tout moment, dans ce présent intemporel où se manifeste le verbe. On doit donc comprendre que celui qui dit « Je mens » ment ici même, et on doit inverser l’énoncé mensonger pour découvrir ce qu’il dit vraiment : et à « Je mens » correspond « Je dis vrai ».

Nelson Charest

je mens #14

J’ai choisi, il y a bien longtemps, la photographie pour préserver mon équilibre et exprimer ma relation au monde sans le secours des mots et du langage. J’étais alors obnubilé par l’écart grandissant entre langage et réalité. Il me semblait que le langage avait sa propre vie, son propre pouvoir, telle une machine cannibale dévorant toutes les idées qui auraient pu exister entre le moment de la perception et le moment de l’inscription du mot, de l’étiquette. A l’époque, la photographie paraissait vierge de tout code et semblait, par conséquent, plus innocente, voire « sauvage » (nous sommes aujourd’hui moins naïfs). […] Existe-t-il quelque chose comme une vraie vérité ? En toute franchise, j’évite autant que possible de me poser ce type de question, parce que la vérité n’a rien d’évident, contrairement au mensonge, ou à la guerre, qui sont sans conteste des concepts bien plus simples et efficaces.

Gilles Peress, La réalité dans l’objectif, Le Monde, 25 août 2017

je mens #15

Depuis toujours son mari lui avait expliqué que c’était à cause d’elle qu’ils ne pouvaient pas avoir d’enfants, que ça venait d’elle, et comme il était un médecin honnête, loyal et franc et qu’elle lui avait toujours fait confiance, eh bien là-dessus aussi elle l’avait cru, elle l’avait toujours cru. Seulement, depuis qu’il était mort, elle se disait que si ça se trouve, ce n’était pas vrai. Si ça se trouve c’était lui qui était infécond, stérile, et pas elle. Elle était même sûre qu’en étant là-haut sur le front à côtoyer la mort, il n’avait dû cesser d’y penser. Elle était sûre que cette pensée l’avait hanté jour et nuit jusqu’à sa mort, que cette hantise l’avait même obsédé jusqu’à le rendre fou, la hantise qu’un jour elle tombe enceinte, si par malheur il ne revenait pas de cette guerre, et que par la force des choses elle découvre que pendant toutes ces années il lui avait menti.

Serge Joncour, Chien-Loup, éd. Flammarion, 2018

Œuvres attendues

Jusqu’à 5 œuvres par participant, une œuvre étant :

  • une série photographique
  • une photographie
  • une nouvelle de fiction (sans limite de taille)
  • un poème
  • une composition poétique
  • un « phototexte », càd une œuvre à 2 ou 4 mains « photographie-s + texte-s »

Possibilité de panacher ces œuvres, par exemple : 1 série, 1 phototexte, 3 photographies OU 1 composition poétique et 4 poèmes distincts OU 2 nouvelles OU etc.

Agenda

Date limite envoi textes : dimanche 31 juillet 23h59

Date limite envoi photographies : mercredi 31 août 23h59

Sélection par le comité de lecture et le jury photographique : 30 septembre

Sortie du n°5 “Je mens” : fin 2022

Inscription obligatoire et envoi anonymisé

Le formulaire d’inscription et la procédure sont ici :

Remerciements

Merci aux médias suivants qui relaient cet appel à textes et photographies auprès de leurs lecteurs :