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Appel à contributions, Pourtant n°11, été 2026

Errements - Photographie de Lionel Laboudique dans Pourtant n°2
Errements – Photographie de Lionel Laboudigue, Pourtant n°2

Le thème de Pourtant n°11 est « Racines ». Voici une note d’intention et 22 racines.

Nous attendons vos poèmes, vos nouvelles de fiction, vos séries photographiques, vos photographies, vos phototextes à 2 ou 4 mains.

Nos modalités de participation Lisez-les ici.

Date limite : 15 avril 2026 à 23h59

(pour les textes comme pour les photographies)

Note d’intention aux photographes

Propositions à des
écritures photographiques

Nos racines sont là, en-dessous de nous, entrelacs nous reliant et nous irriguant, nous retenant mais nous tenant debout.

Racines qui façonnent sans toutefois déterminer, qui structurent perception et attitudes, qui transmettent des savoirs, des expériences, des rituels, invisibles autrement que dans leurs manifestations dérivées…

Surgeons, langue, accents, maisons, livres, vêtements, bijoux, musique, cuisine… Ou bien lorsqu’on les les arrache, qu’on les replante loin, qu’on les greffe.

Œuvres photographiques attendues

…Arrachées

Au fond, elle n’avait jamais bien compris la rancœur de son papa envers les Blancs – les « toubabs », comme il les appelait. Elle n’avait guère mieux compris non plus les paroles de Bell : « Quand j’vois la chance que t’as, fillette, ça m’fait peur, pasque tu sais pas c’que c’est qu’d’être un négro, au fond ; mais j’prie l’Seigneur pour que t’ayes jamais à l’savoir. »
Eh bien, elle le savait, à présent – et elle avait appris, en plus, qu’il n’existait pas de limites aux souffrances que les Blancs pouvaient infliger aux Noirs.

Alex Haley, Racines, 1976

L ’émigration et l’immigration sont deux phénomènes aussi indissociables que le recto et le verso de la même feuille et pourtant très différents en apparence, au point qu’on croit pouvoir comprendre l’un sans connaître l’autre. Abdelmalek Sayad dévoile les contradictions inscrites dans la condition d’immigré : absent de sa famille, de son village, de son pays, et frappé d’une sorte de culpabilité inexpiable, mais tout aussi absent, du fait de l’exclusion dont il est victime, du pays d’arrivée, qui le traite comme simple force de travail.

Abdelmalek Sayad, La double absence : des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré, 1999, description de cet essai

Ou bien s’enraciner, retrouver, ou façonner ses racines, arracher à l’espace le lieu qui sera vôtre, bâtir, planter, s’approprier, millimètre par millimètre, son « chez-soi » : être tout entier dans son village, se savoir cévenol, se faire poitevin.
Ou bien n’avoir que ses vêtements sur le dos, ne rien garder, vivre à l’hôtel et en changer souvent, et changer de. ville, et changer de pays ; parler, lire indifféremment quatre ou cinq langues ; ne pas sentir chez soi nulle part, mais bien presque partout.

Georges Perec, Espèces d’espaces – Chapitre La Campagne, 1974

Lorsque vous avez été déraciné autant de fois que moi, le problème des racines devient une question de sacs de voyage dans lesquels vous les transportez.

Romain Gary, dans un entretien avec Caroline Monney en 1978

Quel est vraiment mon problème ? Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? Pourquoi suis-je dévastée par des événements qui ne concernent en rien ma vie privée et se produisent à des milliers de kilomètres ?
J’ai arraché mes racines de là-bas, et ici, en France, je n’ai pas de racines. Cela fait des années que je me le répète tous les jours, laisse tomber, change de vie, de vocation, coupe le cordon, pars, voyage, va ailleurs, fais autre chose, ce que tu veux, invente une autre vie, mais n’écris plus, plus sur l’Iran, ni sur le passé ni sur le présent, ça ne sert à rien, à rien du tout. Ça te fait mal. Et puis, les Français, le monde, s’en foutent de ce que vivent les gens là-bas, de ce que tu ressens. Pourquoi te tortures-tu ? Abandonne.
Sans racines, et alors ? On n’a pas besoin de racines tous les jours. Oui. Je le sais.

Chahdortt Djavann, Et ces êtres sans pénis !, 2021

…Enfoncées

La tradition est une façon de transmettre un savoir, une pensée. Cette transmission assure la continuité et la survie de la création. Par cette tradition, le passé redevient vivant, il est une force qui dirige et anime notre présent, un héritage précieux dont nous devons enrichir, compléter et améliorer les gestes et les idées avant de le partager. L’adoption et l’adaptation de ces savoir-faire passés nous élèvent et nous révèlent à jamais.

Ivry Serres, L’œuvre des matières, 2017

Il a fallu manger un peu, ingérer du liquide chaud que son corps ne rejetterait pas, se laisser aller quelques instants sous le jet brûlant, changer les bandages. Elle est venue l’aider à nouveau à se relever, et il a été chaque fois surpris par la force de cette petite femme. Au moment où il prend appui sur son épaule, il discerne en elle quelque chose de l’ordre de la racine, de fondations pouvant tenir des siècles, un écho de la foulée terrienne et grave d’ancêtres qui ont ouvert un continent inconnu en deux.

Alexandre Lenot, Écorces vives, 2018

J’ai retenu son nom. Je pensais qu’un nom, c’est une chose assez forte.

Arthur Harari, Diamant noir, 2016

Et moi, à l’autre bout du vingtième siècle, déjà embringué dans le suivant sans même avoir eu le temps de le croire, me voilà aujourd’hui embrassant cette histoire d’un seul coup d’œil, avec, étalée devant moi, l’évidence qu’il s’agit bien d’une seule et même histoire diffractées en différentes parties reliées par une unité souterraine, j »en suis sûr, dont la ligne de force est portée par l’élan de la vie de Marie-Ernestine, creusée par le silence de Marguerite et, d’un coup brutal, achevée par la mort de mon père.

Laurent Mauvignier, La maison vide, 2025

Grâce aux révélations de Louise j’avais bâti ce récit, pour en arriver à cette nuit. une nuit durant laquelle un petit garçon et sa mère quittaient définitivement cette terre pour entrer dans le silence. Elle scellait le destin de mes parents et allait me permettre de venir au monde, quelques années après la mort de Simon. Je ne pouvais naître qu’à cette condition.

Philippe Grimbert, Un secret, 2004

Venu on ne sait d’où
Traversant les millénaires 
L’homme se trouva captif
Des vestiges d’un monde
Aux masques étranges
Et menaçants

Andrée Chédid, Rythmes, 2003

Après l’exil, […] ta mère n’était plus ta mère, ton pays n’était plus ton pays, ta langue n’était plus ta langue et toi, même toi, tu n’étais plus toi-même. […] Lorsque tu es si loin du lieu de ta naissance, lorsque plus personne de ton entourage ne connaît ton véritable nom, n’a connu ton grand-père, ni le lieu où se trouvent les tombes de tes ancêtres, lorsqu’il n’y a plus aucune femme capable de dire où est enterré le placenta, ton jumeau du ventre, plus aucun sage pour restituer le chemin qui a conduit à ton nom, te voilà libre, nul ne pourra te contredire, mais nul ne dressera pour toi un pilier où t’adosser. Qu’est-ce qui te retient encore au monde ? Pourquoi n’es-tu déjà mort, toi à qui tout est permis, toi à qui rien n’est autorisé ? 
Crois-moi, il ne reste qu’un maigre espoir aux enfants des migrants pour se rattacher au monde qui va : l’amour. Aimez, enfants de l’exil, graines de désordre, aimez à tous vents !

Tobie Nathan, Et si c’était une nuit, 2023

Racine
#13

— Salut ma belle.
—  Désolée, je bossais.
— Pas de souci .
— Faut qu’on refasse tes racines.
— La semaine pro ?
— Carrément.

Franka Potente, Home, 2020

…Végétales

Les arbres se livrent peu à peu à leurs branches, penchent vers leurs couleurs et poussent en tous sens des feuilles pour se gagner les murmures de l’air. Ils respectent comme des dieux leurs images dans les étangs où tombent parfois des feuilles sacrifiées. Les racines se demandent s’il faut ainsi s’accoupler au sol. Au milieu de la nuit, l’une sort de terre pour écouter les étoiles et trembler.

Jules Supervielle, Gravitations, 1925

Racine
#15

L’exemple de l’arbre

Vois et apprends de l’arbre
ses racines enfouies dans le terreau natal 
ses hautes frondaisons pour un chant d’amour
son plaisir à l’air libre qu’il respire 
sève venue d’en bas
lumière venue d’en haut
il chante dans le vent du Nord
il chante dans le vent du Sud 
droit debout ou bien tordu par la tempête il

résiste encore

enraciné au ciel
déployé sous terre

Adrien Finck (poète alsacien), Traduction de Heidi Traendlin, Pluie de noix : Petite anthologie bilingue de poésie alsacienne, 2014

Racine
#16

C’était idiot d’y croire, pense-t-elle en se levant pour ranger le carnet dans le vieux carton de son père avec tous les autres souvenirs familiaux. Elle a beau comprendre que ce journal est censé avoir la plus haute incidence sur sa vie ; malheureusement pour Silas et son plan, Jake s’est toujours méfiée de l’expression « connaître ses racines ». Comme si les racines étaient, par définition même, connaissables. N’importe quel dendrologue vous dira que les racines d’une forêt de pins d’Oregon adultes s’étalent sur des kilomètres. Qu’elles sont noires et enchevêtrées, emmêlées et tordues, et impossibles à tracer. Qu’elles se fondent souvent avec d’autres, et qu’elles communiquent entre elles, partageant secrètement aliments et armes chimiques. Alors, la vérité, c’est qu’il n’existe pas de distinction claire entre un arbre et un autre. Et que leurs racines sont tout sauf identifiables.

Michael Christie, Lorsque le dernier arbre, 2021

Racine
#17

— Ce que je veux dire, poursuivit Salim, c’est que nous aussi on vit sous la terre. On se débrouille comme ci, comme ça, on avance et on recule dans nos petites galeries, sans déranger, sans se faire remarquer. On grappille les restes qui tombent au sol. Les autres nous marchent dessus sans s’en apercevoir. On ne leur en veut même pas.
— C’est qui les autres ? demanda Léa.
— Je sais pas, ceux qui ont un CDI et qui vont au supermarché le week-end. Ceux qui habitent en ville et qui travaillent dans des bureaux en verre. Et puis ceux qui passent à la télé pour nous expliquer ce qu’on devrait penser. Tous ceux-là se baladent à l’air libre en faisant des phrases. Ils croient que sans eux, le monde s’arrêterait de tourner. Mais la vérité, c’est que sans nous, ils n’auraient rien à bouffer.

Gaspard Kœnig, Humus, 2023

Racine
#18

Coup de force militaire à Alger » titrait France-Soir, publiant les photos de trois soldats. « Les militaires rebelles proclament l’état de siège. »
J’ai regardé le titre à l’encre noire, mon père, ma mère.
— C’est la guerre, maman ?
Ma mère a plié le journal et l’a posé sur l’évier.
— Finis tes carottes.
— C’est ça, finis tes carottes, s’est moqué mon père.
Elle grattait la terre du poireau, coupait ses racines à petits gestes secs, découpait le blanc en fines rondelles. Moi, je râpais les légumes avec un économe. Et lui nous observait.
— C’est tout ce que tu lui apprends à ton fils ? La cuisine ?

Sorj Chalandon, Profession du père, 2015

…Identitaires

Racine
#19

Si seulement Dieu pouvait porter une fois votre chemise fleurie
et aller dans la rue
Et
nettoyer le sang du sol de la mosquée
puis celui
des écoles
des universités
des maternités
Si seulement Dieu pouvait être une fille
pour que l’Afghanistan repose sa tête sur ses épaules !

Sahel Seraj, Nulle prison n’enfermera ton poème

Racine
#20

– Vous savez quoi ? L’Alsace me hante, même si je n’y ai jamais vécu. Mes parents m’avaient au moins transmis leurs racines. Maintenant, je me demande si tout cela revêt une réelle importance. Je vous demande pardon, je suis désolée de vous embêter avec mes états d’âme.
– Pas du tout ! protesta Koestler.
– Qu’est-ce qu’on dit de l’Alsace-Lorraine, là-bas, en France ?
– Qu’elle nous reviendra, tôt ou tard. La haine à l’égard de l’Allemagne reste viscérale.
– Je ne sais plus ce qui est souhaitable, maintenant, soupira-t-elle. Retourner en guerre ? L’idée me fait froid dans le dos. Vous savez, ce qu’il se passe à Alger ressemble à une guerre qui ne dit pas son nom, celle des Français contre les étrangers. Moi, je ne demande qu’à vivre en paix, de mon travail.

Gwenaël Bulteau, Malheurs aux vaincus, 2024

Racine
#21

Je m’interroge seulement sur ce qui se passerait si le mari de Louise ou le fiancé d’Ethel découvraient que nous ne sommes pas les personnes que nous prétendons être. Si la très chic et très raciste petite amie de Russell découvrait qu’il l’a trompée… Qu’il n’est pas un Van Vliet, ni un Da Costa, ni un Green. Qu’il ne descend pas d’une vieille famille de Virginie, encore moins de l’aristocratie hollandaise ou portugaise, mais qu’il est issu d’une tribu d’Afrique… Pis : si leurs enfants devaient apprendre qu’eux-mêmes ne sont pas ceux qu’ils croyaient, qu’on leur a menti sur leurs origines, que tout dans leur histoire, absolument tout est un mensonge ? 

Alexandra Lapierre, Belle Green, 2021

…Littéraires

Racine
#22

Un livre offre tant de correspondances avec un arbre et ses cernes, se dit-elle : les strates du temps, préservées, à disposition.

Michael Christie, Lorsque le dernier arbre, 2021

Modalités de participation

Œuvres attendues

Les œuvres proposées appartiendront à UNE SEULE de ces catégories :

Nouvelle

  • Fiction, récit court
    1 nouvelle, ou 2 au maximum — Titrage obligatoire
    Le comité de lecture ne privilégie pas la forme canonique « à la française » de la nouvelle dite à chute.

Longueur :
2 feuillets au minimum (les textes plus courts seront rejetés) et 31 feuillets au maximum
1 feuillet = 1500 signes espaces compris

Poésie

  • Compositions poétiques (*)
    1 composition au maximum — Titrage
  • Poèmes seuls
    1 à 3 poèmes, chacun comptant œuvre — Titrage

Il est possible de proposer soit une composition, soit des poèmes seuls.

(*) Composition : ensemble de poèmes reliés par un propos, une idée, une démarche formelle.

Photographie

Une note d’intention donnera la démarche de l’auteur photographe sur ses propositions.
Il la nommera : Note d’intention.docx ou pdf

  • Séries photographiques (*)
    1 série, ou 2 au maximum.
    Les séries seront privilégiées aux images seules par le comité photographique.
  • Images seules
    3 images seules au maximum, chacune comptant œuvre.

Il est possible de proposer des séries, des images seules.

(*) Série : ensemble cohérent d’images, avec une écriture marquée (déf. Frédéric Martin), une esthétique ou une approche formelle affirmées.

Phototexte

Œuvre à 2 ou 4 mains mêlant photographie, poésie, récit, fiction.

1, ou 2 œuvres au maximum.

On nous a beaucoup posé la question : Le phototexte peut être constitué d’un texte ou de fragments de textes (de fiction, poétiques) et d’une ou plusieurs photographies.

Une photographie avec une nouvelle ou un poème sont considérés comme un phototexte.

Phototextes publiés dans Pourtant :

  • L’île, Léna Maria et Chloé Baudry, Pourtant n°4
  • FAKE FAKE FAKE (Enfumage), Aurélien Delafond et Stephane Barthez, Pourtant n°5

Sophie Calle a développé une pratique immédiatement reconnaissable, alliant le texte à la photographie pour nourrir une narration qui lui est propre.

La Nouvelle Chambre Claire, galerie

Agenda

Date limite envoi textes et photographies : 15 avril 2026, 23h59

Sortie : septembre 2026

Auteurs et photographes sélectionnés

Les autrices, auteurs et photographes dont les œuvres sélectionnées recevront un exemplaire de ce numéro.

Une rencontre/interview aura lieu avec l’une ou l’un d’eux sur son travail et son parcours. Elle sera publiée dans ce numéro en rubrique « Coulisses ».

En rubrique « Coulisses » des numéros précédents

Inscription obligatoire et envoi anonymisé

Depuis le n°8, notre fameuse procédure d’envoi connue pour sa redoutable complexité, particulièrement pour les poètes, change. Elle devient plus simple, tout en demeurant obligatoire via HelloAsso. Cela nous fait gagner du temps et de l’énergie. Inscription et procédure sont ici :

Remerciements

Merci à Lionel Laboudigue, Photographe, Pourtant n°2

Errements - Photographie de Lionel Laboudique dans Pourtant n°2

Aux médias

Merci aux médias suivants qui relaient cet appel à textes et photographies auprès de leurs lecteurs.

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