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Appels à contributions N°6

Sauvage ?

Sauvage ?    Piste 1 — Photographie : © Benoît de Brettes

Appel à contributions
Pourtant n°6, été 2023

Le thème de Pourtant n°6 est « Sauvage ? » avec un point d’interrogation. En voici 20 pistes à remonter. Nous attendons sur ces pistes vos poèmes, vos nouvelles de fiction, vos photographies, vos séries photographiques, vos phototextes à 2 ou 4 mains.

Dates limites : 15 mars pour les textes, 15 avril pour les photos
Modalités d’envoi : après les variations ci-dessous.

Sauvage ?
Piste 2

« Elle plongea ses mains dans le seau pour récupérer le poisson gluant et le poser sur la planche. Un bar de près de 50 centimètres, magnifique. Son parfum sauvage ne la gênait pas. Au contraire, il lui rappelait l’été. Elle chercha le couteau qui servait à préparer le poisson. Mais en le plaçant sur la tranche, elle s’aperçut que John s’était déjà donné la peine de le vider pour épargner à sa fille cette tâche ingrate. »

Ça va s’éclaircir, nouvelle, dans le recueil éponyme
Katrin Acou-Bouaziz, éd. Infimes, 2022

Sauvage ?
Piste 3

Capture d’écran d’une vidéo postée sur Facebook par la mairie de Vébron.
Voir la vidéo sur Facebook.

« Un loup a été photographié vers 7h30 ce jeudi 27 octobre en Lozère, au lieu dit l’Hospitalet, dans le Sud de la Lozère. C’est une habitante qui a publié les photographies sur son compte Facebook. Elle précise que les photos ont été capturées par son fils, qui partait au travail en direction de Florac. En juillet dernier, cette dernière avait publié d’atroces photos. On y voyait tristement la dépouille d’une brebis de son troupeau, sauvagement attaquée. […] Avec ce loup photographié ce matin, l’éleveuse de brebis pense évidemment que le loup serait le coupable. »

InfOccitanie, en ligne, article du 27 octobre 2022, capturé le 30 octobre 2022

Sauvage ?
Piste 4

Les  Blancs,  tu comprends, je  les connais, moi. Il ne faut pas les décevoir. Ce qu’ils veulent, c’est une  Namibie sauvage.
— Otjindandi ?
— Oui, sauvage,  c’est comme ça qu’ils disent. C’est ça qui les  fait  rêver.  S’ils dépensent  autant d’argent  pour venir chasser chez  nous, c’est parce que chez eux ils ont  déjà tué  tous  les animaux,  tu vois.  Avant, là-bas,  il y avait  des  loups,  des ours, mais maintenant il n’y a plus rien,  juste  des villes  et des  immeubles,  comme à Windhoek.

Entre fauves, Colin Niel, 2020, éd. du Rouergue

Sauvage ?
Piste 5

L’activité  de  chasse  implique  l’existence de formes de  vie autonomes,  insoumises.

L’animal et la mort, Charles Stépanoff, 2021, éd. La Découverte

Ce que nous avons appelé la  chasse terrestre est fondé sur  une  relation triadique hommes-animaux-terre : il n’y a pas d’accès aux animaux  sans  passer  par l’intimité avec le  territoire, pas  plus qu’il n’y  a d’accès aux  profondeurs cachées  de  la terre  sans un rapport nourricier à  l’altérité qu’est le  gibier sauvage.  Ce  sont  la fréquentation des lieux et le travail conduit toute l’année  sur  le territoire qui  légitiment la chasse terrestre et la distinguent de  la  chasse commerciale  et  du safari  centrés  sur une  rencontre ponctuelle avec  un  animal inconnu  sur  un territoire éloigné du lieu de vie.

ibid.

L’émoi suscité par des cas d’animaux sauvages adoptés localement sans  autorisation. Selon un scénario répétitif, tel  chasseur découvre un petit marcassin,  l’adopte, le nourrit  au biberon et s’y  attache  jusqu’au jour où  il est avisé de son  infraction par la gendarmerie. L’animal  est confisqué, puis euthanasié ou  placé  dans  un refuge.  Et  pourtant, les témoignages sur les forums  et les  réseaux  sociaux des chasseurs  montrent que  des  pratiques  d’adoption se maintiennent discrètement  ici  et là, dans  l’illégalité. Que les autorités jugent préférable la  mise à  mort des animaux  sauvages à leur  adoption dans  une famille révèle combien  ces pratiques  traditionnelles  heurtent  une sensibilité  moderne soucieuse d’établir  des frontières hermétiques entre  monde sauvage  et  monde  domestique.

ibid.

Sauvage ?
Piste 6

La «Cell Ag’» [l’agriculture cellulaire], dont le produit le plus attendu est la « viande cultivée », repose sur cette idée que les animaux n’ont pas de monde propre et qu’ils ne sont en fait que des objets du travail humain. C’est-à-dire qu’ils ne sont que la masse musculaire contenue dans leur corps. Ce qu’exprime Mark Post « la viande in vitro de bovin est 100 % naturelle, elle grossit en dehors de la vache ». Corps superflu, puisqu’il est souffrant et vulnérable, et que l’on peut avantageusement remplacer par un incubateur.

Jocelyne Porcher, Végétal / animal : l’inévitable conversation, dans l’excellente revue Sens dessous n°26, Végétal

Sauvage ?
Piste 7

Photographie : © Benoît de Brettes

Sauvage ?
Piste 8

Un enfant a dit, Qu’est ce que l’herbe? m’en apportant à pleines poignées ;
Comment pouvais-je répondre à l’enfant ?… Je ne sais ce qu’elle est plus que lui.

Feuilles d’herbe, Walt Whitman

Sauvage ?
Piste 9

Jim Harrison : — Est-ce que les poèmes sont eux-mêmes une expression du sauvage ? Parce qu’il me semble qu’un poème est l’exemple d’une sorte de chaos pondéré.
Gary Snyder : — Tu poses ici une question extrêmement difficile : quelle est la nature de l’art en relation avec le sauvage ? C’est intéressant et compliqué à la fois.
JH : — Cela me fait penser à cette extraordinaire citation de Shakespeare : « La nature, c’est aussi nous. »
GS : — Ce qui est exact. Mais ce que nous devons identifier, c’est précisément ce qui n’est pas sauvage. C’est par là qu’il faut commencer.

Jim Harrison, Gary Snyder, Aristocrates sauvages, éd. Wildproject, traduction de Matthieu Dumont, version originale The Etiquette of Freedom, ed. Counterpoint Press, Berkeley, 2010

Sauvage ?
Piste 10

Photographie : © Benoît de Brettes

Sauvage ?
Piste 11

Il s’est d’abord agi d’un merle. La fenêtre de ma chambre était restée ouverte pour la première fois depuis des mois, comme un signe de victoire sur l’hiver. Son chant m’a réveillée à l’aube. Il chantait de tout son cœur, de toutes ses forces, de tout son talent de merle. Un autre lui a répondu un peu plus loin, sans doute d’une cheminée des environs. […] J’ai été capturée, dès le second ou le troisième appel, par ce qui devint un roman audiophonique dont j’appelais chaque épisode mélodique avec un “et encore ?” muet. Chaque séquence différait de la précédente, chacune s’inventait sous la forme d’un contrepoint inédit.

Ma fenêtre est restée, à partir de ce jour, chaque nuit ouverte. […] L’oiseau chantait. Mais jamais chant, en même temps, ne m’a semblé si proche de la parole. Ce sont des phrases, on peut les reconnaître, elles m’accrochent d’ailleurs l’oreille exactement là où vont toucher les mots du langage ; jamais chant en même temps n’en aura été plus éloigné, dans cet effort tenu par une exigence de non-répétition. C’est une parole, mais en tension de beauté et dont chaque mot importe. Le silence retenait son souffle, je l’ai senti trembler pour s’accorder au chant. J’ai eu le sentiment le plus intense, le plus évident, que le sort de la terre entière ou peut-être l’existence de la beauté elle-même, à ce moment, reposait sur les épaules de ce merle.

Habiter en oiseau, Vinciane Despret, 2019

Sauvage ?
Piste 12

Camille voyait s’ouvrir la clairière de la Croix-aux-Hêtres, l’herbe y était d’or tant le soleil y ruisselait. La statue prenait chair, sève et sang, elle se dressait et s’avançait à pas dansants vers les arbres. Elle dansait et bondissait, lumière vivante frappant le sol de ses talons. À chaque coup perçaient des roses au ras de l’herbe. Des roses de granit dont le cœur flamboyait. Et la femme criait, en proie à une joie profonde comme le jour, plus ample que le monde. Ses cris s’envolaient vers la cime des arbres, se posaient sur leurs branches, nuées d’oiseaux rouge feu. Les branches ployaient sous leur poids, sous la splendeur des cris ; elles se balançaient avec une mollesse terrible, voluptueuse.
Les arbres s’arrachaient de leur sol, ils se mettaient en mouvement. Leurs branches chargées d’oiseaux, de cris, de fruits, de flammes, se tordaient comme des bras d’hommes saisis par le désir. Ils luisaient, incandescents. Elle, corps de boue et de lumière, tournoyait parmi eux et les roses de granit qui partout trouaient le sol roulaient dans l’herbe, pourchassées par le vent, becquetées par les oiseaux. Et les arbres entonnaient un chant d’une voix rauque. Un chant de pure joie.

Sylvie Germain, Jours de colère, 1989 (Prix Fémina 1989)

Sauvage ?
Piste 13

Photographies de
Charles Fréger

Instagram : @charlesfreger

« L’insatisfaction engendrée par notre régime mental ou spirituel s’exprime malgré nous. Il nous faut un exutoire. Notre imagination s’étouffe et se constipe à force de tartes à la crème Call to arms 4 et Transformers 5. Nos âmes réclame à cor et à cri la fibre stimulante du primitif !
Dans cette quête court, tel un fil sombre et étincelant, la figure de l’homme sauvage, du « wild man« , du « wilder mann« . Emblème de l’altérité, ce véritable outsider fait partie de notre conscience depuis que nous avons pour la première fois constitué des groupes nomades et des communautés agricoles sédentaires. Sans doute même avant. Il s’agit d’un mythe presque fondateur. Pour qu’il existe un « nous », il faut un « non » nous. Nous devons définir qui nous sommes à définissant tout d’abord qui nous ne sommes pas. Nous sommes Homme sage parce que nous ne sommes pas Homme sauvage. »

Robert McLian Wilson, préface à Wilder mann ou la figure du sauvage de Charles Fréger, éd. Thames&Hudson, 2012

Sauvage ?
Piste 14

Sur le masque Yupik

(à 16mn20s)

Le masque Yupik est à 16mn20s
Le dualisme Homme-Animal, conférence de Philippe Descola, Cité des sciences et de l’industrie (cycle Bêtes et nous), mai 2012

Sauvage ?
Piste 15

Photographie : © Benoît de Brettes

Sauvage ?
Piste 16

L’arc de son comportement, pour cet animal dépourvu de sens gustatif, mais possédant un sens lumineux, thermique et tactile, s’avère inséparable de ses marqueurs de signification : tomber sur la proie, constater qu’elle a atteint celle-ci, trouver le meilleur endroit pour perforer. La tique, fabricant sa semence en se fixant sur un animal à sang froid comme le lézard, gardant celle-ci encapsulée dans l’estomac, pouvant rester jusqu’à 18 ans sans manger, voit celle-ci fécondée au contact de l’acide butyrique. Au prix de sa vie. Son festin est alors un festin de mort et de renaissance…

Éric Marion, Le végétal ou la traversée du visible, dans l’excellente revue Sens dessous n°26, Végétal

Sauvage ?
Piste 17

Quand le vol s’abattit sur le champ, le cerf était debout et frissonnait de tout son corps. La nuit entière, autour de lui claquait de grandes ailes invisibles, lui jetait aux naseaux le souffle de ces milliers d’ailes. Et bientôt, presque instantané, ce fut un silence saisissant, un dernier battement de rémiges, un dernier cri sifflant et doux. Le Rouge ne voyait pas les grands oiseaux couleur de lune ; mais tout le champ palpitait comme une voile, et la chaleur des voyageurs, apportée sur les vagues de lumière, poussait jusqu’à ses pieds de molles ondes inépuisables. Il se remit à frissonner. Et tout à coup, venu du fond de ses entrailles, lentement enflé à travers son corps, montant, irrépressible, de sa poitrine à sa gorge brûlante, son premier brame jaillit dans la nuit.

Maurice Genevoix, La Dernière Harde, 1938

Sauvage ?
Piste 18

Ce rapport instinctif au monde que nous partageons avec les animaux, avec tout ce qui est vivant, il est rare qu’il nous revienne en force une fois que l’âge nous a rattrapés. L’observation ou l’examen des sites naturels, même précis et exhaustif, ne saurait s’y substituer car l’expérience ne se laisse pas réduire à des formules abstraites, à des explications. Elle est fruste, elle sent la viande et le sang, elle est faite de peur, de danger et de jubilation à doses variées. Dans la mesure où on peut la qualifier d’expérience, et non d’un autre nom oublié, elle exige un abandon que peu d’entre nous sont aujourd’hui prêts à accepter. Mais c’est dans la clarté et la force brève d’une rencontre avec la nature, dans ce témoignage d’amour, et – puisque c’est d’un livre dont il s’agit ici – dans les souvenirs qu’on rappelle à soi pour les conter, que l’on peut recouvrer certains moments vitaux de cette expérience. Ils recèlent cette vitalité première de l’existence sans laquelle il n’est aucun art possible, aucune approche spirituelle, aucun rapport authentique au monde.

Vingt-Cinq ans de solitude, John Haines, 2016, réédition illustrée, éd. Gallmeister, publication originelle 1989

Sauvage ?
Piste 19

Photographie : desertnaturalist, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

« Aldabra est un atoll qui s’est retrouvé totalement submergé il y a 136.000 ans, faisant disparaître l’ensemble de sa biodiversité terrestre. Le râle d’Aldabra (Dryolimnas cuvieri aldabranus), incapable de voler, s’est éteint.

Le niveau de la mer ayant diminué, l’atoll Aldabra a émergé et des Dryolimnas possédant la faculté de voler ont recolonisé l’écosystème. Puis, les conditions environnementales locales étant très proches de celles d’il y a 136.000 ans, l’espèce a finalement convergé vers une nouvelle sous-espèce inapte au vol :  le râle de Cuvier (Dryolimnas cuvieri cuvieri), également inapte au vol et dernière espèce du genre Dryolimnas encore vivante actuellement. »

Slate, capturé le 22 octobre 2022

Sauvage ?
Piste 20

De loin, j’ai aperçu un renard de ma connaissance, que je surnomme Consul – tant il est élégant et bien élevé. Il parcourt toujours les mêmes sentiers. L’hiver dévoile ses trajets, droits comme une règle, déterminés. C’est un vieux mâle qui fait des allers-retours depuis la Tchéquie, sans doute occupé par une affaire de contrebande. Je l’ai observé à travers mes jumelles descendre le coteau d’un pas alerte, au trot léger, emprunter les traces qu’il avait laissées dans la neige lors de son dernier passage – sans doute pour faire croire à d’éventuels pisteurs qu’il n’était passé qu’une seule fois.

Sur les ossements des morts, Olga Tokarczuk, 2012, éd. Noir Sur Blanc

Œuvres attendues

Jusqu’à 5 œuvres par participant, une œuvre étant :

  • une série photographique
  • une photographie
  • une nouvelle de fiction (sans limite de taille)
  • un poème
  • une composition poétique
  • un « phototexte », càd une œuvre à 2 ou 4 mains « photographie-s + texte-s »

Possibilité de panacher ces œuvres, par exemple : 1 série, 1 phototexte, 3 photographies OU 1 composition poétique et 4 poèmes distincts OU 2 nouvelles OU etc.

Agenda

Date limite envoi textes : mercredi 15 mars 23h59

Date limite envoi photographies : samedi 15 avril 23h59

Sélection par le comité de lecture à partir du 15 mars et par le comité de sélection photographique le 15 avril

Sortie du n°6 “Sauvage ?” : été 2023

Auteurs et photographes sélectionnés

Les autrices, auteurs et photographes dont les œuvres sélectionnés recevront un exemplaire de ce numéro.

Une rencontre/interview aura lieu avec l’une ou l’un d’eux sur son travail et son parcours. Elle sera publiée dans ce numéro en rubrique « Coulisses ».

En rubrique « Coulisses » des numéros précédents

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Le formulaire d’inscription et la procédure sont ici :

Remerciements

Merci aux médias suivants qui relaient cet appel à textes et photographies auprès de leurs lecteurs :